Vocabulaire – non-verbal / oralisant

« Au commencement était le Verbe… »

Avez-vous entendu l’expression « autiste non-verbal » ? On voit bien ce que ça veut dire : un autiste qui ne parle pas. Ou n’est-ce pas plutôt un autiste qui ne communique pas ? On ne dira pas d’un muet qu’il est non-verbal… Mais tous les autistes non-verbaux ne communiquent-ils pas, d’une manière ou d’une autre ? N’y a-t-il pas aussi des autistes qui parlent mais dont le discours n’est pas adressé à un interlocuteur… Sont-ils non-verbaux ? Le langage est-il la communication ? Non bien sûr, on peut communiquer par signes ou par écrit et ça entre dans ce qu’on appelle la communication verbale. Le verbe serait donc le langage et non la parole ? Et la communication non-verbale ? Elle existe aussi : on parle d’attitudes, de regards, lourds de signification d’ailleurs.

« A quel âge Poppy a-t-elle parlé ? » est une question difficile pour nous. Elle lisait, à voix haute, bien avant de savoir répondre à une question simple par oui ou par non. Elle parlait par écholalies que nous ne comprenons pas toujours. Et il est parfois difficile de faire la différence entre de la prosodie qui est pour elle du stimming et la communication adressée. On vous a déjà expliqué ça ici ou .

A la réflexion, on réalise que tout ceci est compliqué.

La communauté autiste dont les voix (orales ou écrites) s’élèvent ces dernières années pour revendiquer une identité à respecter, préfère utiliser l’expression « non-oralisant », de même qu’ils préfèrent être qualifiés d’autistes et non de porteurs d’autisme ou atteintes d’un trouble du spectre, un autre débat dont je vous ai déjà fait part il y a quelques mois (article ici).

Si vous regardez les rencontres du Papotin, vous avez frémi comme moi face à la poésie et à la pertinence des questions de Babouillec, une adulte autiste non-oralisante, qui pousse des lettres sur une sorte de clavier pour communiquer. Vous avez peut-être également découvert le merveilleux documentaire « The reason I jump » tiré du livre éponyme d’un adolescent autiste non oralisant : Naoki Higashida. Dans la même veine, « The Mind Tree » nous offre une plongée dans l’univers d’un autiste silencieux qu’on croyait incapable de construire une pensée et qui a rédigé un livre poétique et profond.

Une fois de plus, ne présumons pas des capacités des autistes.

Anne


Discussion

3 réponses à « Vocabulaire – non-verbal / oralisant »

  1. Avatar de Athi

    Bonjour,

    Le « Verbe » est la racine composant le nom de Dieu (selon les cosmologies Abrahamique) : « Etre » (YhWh). Il désigne donc bien le langage et pas la parole : c’est là l’action d’exister qui est représentée. Comme le « Verbe » existe, l’univers « est ».

    Je n’ai pas relu mes notes depuis très longtemps, cependant en hébreu les mots fonctionnent par racine (langage sémitique).
    Normalement composées de deux ou trois lettres, on leur ajoute ensuite des voyelles pour former des formes conjuguées qui donneront les adjectifs.

    Le « Verbe » est d’ailleurs à l’origine tracé et non déclaré. Avant le début du 1er jour, Dieu avait déjà créé le ciel et la terre (thématique qu’on retrouvera dans pas mal d’autres cosmologie en fonction de leur point d’origine géographique : « ciel et terre » ou « eaux du dessus et eaux du dessous »).

    L’utilisation du langage créera la lumière (Lux-), et donc le début du cycle des jours.

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    1. Merci pour ces informations !

      Si je comprends bien, les mots existaient avant d’être prononcés… c’est contre-intuitif mais l’idée me plaît d’autant plus que Poppy a attendu de savoir lire pour se décider à parler…

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      1. Avatar de Athi

        Pour être exact : le « Verbe » existait avant d’être prononcé. Cela restreint ce fait aux religions Abrahamiques.

        Dans une vision athéiste, la communication orale existait bien avant l’écriture puisqu’elle n’est pas propre aux humains tandis que la lecture semble l’être.

        Les autres cosmologies n’utilisent pas trop le concept d’écriture pour évoquer le monde.

        • On peut bien entendu parler de l’univers de Tolkien où l’histoire du monde est chantée lors de l’Ainulindalë
        • Neil Gaiman, dans Sandman, indique que la destinée est écrite dans un livre dont le cuir provient d’une créature qui n’a jamais existée.

        Je suppose que n’importe quelle imaginaire basée sur le solipsisme crée le monde des rêves et de l’imagination de ce qui est au-dehors :

        • Dans American’s Gods, Neil Gaiman (toujours) indique que les dieux viennent de l’inconscient collectif : ce sont les humains qui imaginent la cohérence au milieu du chaos.
        • Dans Gunnerkrigg Court, Coyote prétend que le monde se réadapte car les dieux peuvent manipuler le temps autant que créer de nouveaux univers en tout point similaires.
        • Dans Sandman, un chat raconte que les rêves réécrivent le monde au réveil, et que mille rêveurs partageant le même rêves suffisent à réimaginer le monde.

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