À cran sur les écrans

Trigger Warning : si vous croyez dur comme fer que « les écrans » sont le principal problème de la jeunesse d’aujourd’hui, ne lisez pas cet article car la suite de mon coup de gueule du mois risque de vous faire fuir

Ça m’énerve ! ça m’énerve que même ma chère et (pas si) douce maman me parle de ces 2 psy qui témoignent et alertent sur les méfaits des écrans qui provoquent des symptômes proches de l’autisme chez les enfants… Ça m’énerve que 2 normaliennes invitées à débattre politique chez Finkelkraut, droite contre gauche, se retrouvent d’accord sur un seul point, une évidence : « il faut sortir les écrans de l’école ! » … Croyez-moi : l’IA sera le prochain bouc émissaire des populistes en quête de suffrages faciles, un peu comme Macron finalement, qui met tout le monde d’accord, contre lui :p

Et ben moi, plus tout le monde est d’accord plus je me braque, fichu esprit de contradiction.

Pas toujours hein, mais sur les écrans, de plus en plus. Au départ, j’étais comme tous les « bons parents » : écran méchant, phase 1.

Et puis j’ai observé ma fille autiste sur un iPad… Je l’ai vue chanter des comptines avec preschool Montessori, jouer à nourrir des aigles en fonction des musiques consonantes ou dissonantes sur Mazaam, apprendre l’anglais avec Lingokids ou seule en paramétrant des sous-titres géants roses sur ses vidéos préférées, se passionner pour l’alphabet cyrillique, dessiner des histoires fabuleuses, traduire des textes en amarique (???), chercher comment se passe une prise de sang pour calmer son appréhension, profiter d’un repas en famille très bruyant en regardant dégouliner du slime sur YouTube… J’ai mis du temps mais j’ai fini par entrer en phase 2 : les écrans sont mauvais pour les enfants, sauf pour la mienne (cf la journée sans écran (pour les autres) de Poppy ;)). Et aussi pour les autistes et tous ceux qui profitent de la communication alternative augmentée dont je vous parlerai un de ces jours.

La phase 3 est pour bientôt : plus j’y songe et plus je me dis que je me suis trompée, que les écrans, c’est super ! C’est une révolution d’une ampleur que nous ne pouvons pas voir parce que nous sommes dedans et que nous sommes trop vieux pour comprendre. Je ne vais pas ici vous faire un plaidoyer qui prendrait des heures mais simplement je repense à Finkie attaché à ses copies du certificat d’études comme un bernacle à son rocher… Et si apprendre l’orthographe ou les langues étrangères à nos enfants aujourd’hui était l’équivalent de ces polytechniciens brillants qui ont passé leurs jours et leurs nuits à extraire des racines nièmes jusqu’à être remplacés dans les années 60 par des calculatrices électroniques ? Une perte de temps, un gâchis d’intelligence ? Les jeunes de demain, libérés de la contrainte de longues heures d’apprentissage, pourront occuper leur génie à d’autres tâches, plus artistiques ou contemplatives qui sait ? Et au pire, sur une planète grise et polluée, au bord de l’implosion, dans l’insécurité perpétuelle de catastrophes imminentes, pourront-ils consulter un gourou virtuel qui les rassurera, ou s’évader d’une réalité trop insupportable dans le métavers, grâce aux nouveaux paradis artificiels de l’Intelligence éponyme… Hum hum même moi ne suis pas encore convaincue, mais ça vient !!!

Si vous voulez un avis plus nuancé et des anecdotes vraiment rigolotes, allez lire le super article sur les ados face aux écrans dans la newsletter « Daron, Daronnes » du Monde.

Moi je retourne sauver le roi !

Anne


Discussion

Une réponse à « À cran sur les écrans »

  1. Avatar de Athi

    Bonjour,

    je ne sais toujours pas si les écrans sont « bons » ou « mauvais » : il est évident qu’il y a du pour et du contre. Cependant j’aimerais indiquer un détail dont on parle finalement peu : l’arrivée du média.
    Avant l’arrivée du téléphone portable, et la démocratisation des réseaux sociaux, l’outil informatique restait un outil (cher) avant d’être vraiment perçu comme un outil ludique.
    On mentionne souvent les « trop vieux pour comprendre/apprendre/s’adapter ». Sauf que concrètement les parents actuels comme ceux de cette époque se sont clairement mis à tous ces outils (pc portable, smartphone, montre connectée, tablettes). Ainsi qu’à tous les logiciels qui en déccoulent.
    Les adultes d’alors n’ont pas su voir venir les risques liés à la communication (passage de l’époque où les parents savaient qui téléphonait à une liberté clairement intraçable via messagerie). Aujourd’hui les parents font à nouveau preuve d’une certaine hypocrisie en limitant leurs enfants alors qu’eux-mêmes y passent des heures (ne serait-ce qu’au travail).
    S’il est évident qu’il faut apprendre aux enfants les tenants et aboutissants des décisions et contraintes, la limite est-elle la solution (même débat que la limite du mcdo qui a engrengé toute une génération d’adiction) ? Si les enfants préfèrent ce média, n’est-ce pas plutôt parce qu’il leur parle mieux ? N’est-ce pas le signal qu’il faut améliorer le reste afin de proposer des activités qui donneront autant de « satisfaction » sans passer par une excitation des sens ?

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