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Dans un précédent numéro je vous ai parlé d’écholalie et de langage gestalt : certain·e·s autistes, dont Poppy, apprennent notre langage à partir de blocs plus longs que des mots, iels répètent au détail près des phrases entières, répliques de dessin animé ou de la vie quotidienne, qui pour elleux ont une signification précise, parfois éloignée de leur sens littéral, parfois approchante.

Cette écholalie différée de bribes de contenu est valable aussi dans la création artistique… Poppy part de personnages pour écrire ses histoires, reprend dans ses textes des phrases entières issues de livres ou d’énigmes de jeux de piste. Ses dessins sont souvent très inspirés de livres illustrés. Elle copie le décor et change les personnages, ou le contraire. Cette année, elle a appris chacun de ses poèmes cette année sur un air différent, choisi par elle, une chanson de Charles Trenet ou de Ray Ventura. Cette drôle d’idée vient peut-être de « la cigale et la fourmi » Quoi qu’il en soit, elle a ravi ses camarades !

Poppy assemble plus ou moins harmonieusement des briques, des pans de murs entiers même, pour paver son monde imaginaire. Parfois on s’en aperçoit tardivement, comme lorsque j’ai découvert que l’histoire d’Otto l’ours bipolaire venait d’une vidéo de livre lu. Déception. Mais peut-être est-ce là un entraînement, une sorte d’apprentissage.

A partir de combien de mots exactement cités, de personnages pompés, de dessins répliqués, de notes chantées, doit-on verser des droits d’auteurs ???

Après tout nous faisons toutes et tous cela, nous réarrangeons des mots appris. Alors pourquoi est-ce si étrange chez les autistes ? Peut-être à cause de leur intonation plate ou chantante, ou parce que leur sélection est bizarre, leurs habitudes langagières précieuses d’un autre âge.

Ce sentiment d’étrangeté lorsqu’un neurotypique discute avec un autiste peut engendrer incompréhension et moquerie, mais il peut aussi être fascination, point de départ de la curiosité. On ne ressort pas indemne de la confrontation à autrui handicapé, ou simplement différent. Elle révèle au grand jour indifféremment bassesse des uns et bonté des autres. C’est le moment de choisir le camp des gentils…

Anne


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