On parle d’écholalie quand un enfant (souvent autiste) répète des phrases ou des morceaux de phrases. Il y a l’écholalie instantanée du perroquet : « Que veux-tu manger ? » l’enfant répond « veux-tu manger ? ». « Bonjour, comment vas-tu ? » « vas-tu ? ». On observe aussi une écholalie différée (delayed echolalia) : un enfant utilise, avec une intonation identique à l’originale, des répliques entendues, dans la vie ou dans un dessin animé, et qui semblent déconnectées de la situation dans laquelle elles sont répétées. Ces phrases peuvent être dites avec une intention visible de communiquer, même si leur signification est parfois difficile à décoder, ou simplement l’enfant se parle à lui même, c’est alors une forme de stimming, il se parle comme on fredonne et ça semble le rassurer.
Longtemps les spécialistes ont pensé que l’écholalie, comme d’autres symptômes de l’autisme, était un comportement indésirable, que ces répliques incompréhensibles et déconcertantes venaient parasiter ou empêcher le développement d’un langage pragmatique, une « bonne » utilisation de la langue pour « bien » communiquer… normalement.
Mais depuis quelques temps, de nouvelles théories émergent et notamment la notion de « gestalt language processor » ou GLP, ou langage Gestalt en français, dont voici l’idée générale :
La plupart des individus apprennent à parler, puis à lire, de la même façon : on répète d’abord des mots qu’on assemble ensuite comme des briques. L’enfant dira « papa », « maman », « poupée », « chocolat », « manger », « dormir », puis il associera 2 mots « manger chocolat », « maman bisou ». Il fera des phrases simples et de plus en plus complexes. Quelques années plus tard, il apprendra à lire selon le même principe, d’abord l’alphabet, puis les syllabes, puis les mots. Les méthodes de l’éducation nationale suivent ce schéma classique.
Certains enfants, dont environ 80% des enfants autistes, apprennent différemment : ils commencent par enregistrer des répliques entières, parfois complexes, comme on mémorise une chanson, avec l’intonation. Ils utilisent ces répliques dans des situations qui leur rappellent le moment où ils les ont apprises.
Petit à petit, ils vont mieux maîtriser le contexte de leur utilisation, comprendre leur construction, les décomposer, les adapter en les modifiant d’abord légèrement, puis acquérir un langage qui leur est propre.
Cette évolution se fait au rythme de chaque enfant et peut être accompagnée, si le ou la professionnel.le en connaît le principe.
On imagine que cette façon très déconcertante d’apprendre n’est pas valable que pour le langage, et qu’il faudrait adapter la pédagogie utilisée.
Petite, Poppy n’a jamais dit qu’elle avait faim. Si je lui demandais : « Veux-tu déjeuner? », elle répondait invariablement : « Maman va te préparer de délicieuses courgettes. », quel que soit le menu. J’ai dû dire ça un jour, sans m’en rendre compte et c’est la phrase qu’elle a choisie pour exprimer sa faim.
Je vous ai déjà parlé des questions qu’elle pose, toujours les mêmes. C’est aussi une forme d’écholalie. Elle teste et adapte des phrases, des tournures. J’ai 600 notes dans mon téléphone dans lesquelles Poppy, depuis petite, réécrit avec un clavier des centaines d’histoires lues dans ses livres, de mémoire, en changeant des détails, un animal, un adjectif, etc.
Depuis le départ, son orthographe est impeccable et si elle remplace le chien par une hermine, elle adapte avec les adjectifs au féminin, même ceux qui ne s’entendent pas : « le joli chien » devient « la joliE hermine ». Sur Google Translate, elle ne cherche pas comment on dit « fille » ou « omelette », elle tape directement une phrase complexe avec compléments et apprend la traduction qu’on lui sert, dans une langue qu’elle a choisie.
C’est sa façon d’apprendre. Je ne dis pas ça pour faire de l’esbroufe (je suis très fière d’elle cependant), mais pour essayer de vous faire réaliser à quel point son cerveau est différent du notre.
La semaine dernière, j’ai eu le bonheur de recevoir un message d’une professeure des écoles et cousine qui me disait que cette newsletter lui était utile pour comprendre certains enfants différents que sa formation ne l’avait pas préparée à accompagner. J’espère que ces explications sur l’écholalie et le langage gestalt l’intéresseront et l’aideront à adapter son enseignement.


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