Fake News – Regarder dans les yeux

« Les autistes sont incapables de regarder les gens dans les yeux. » C’est partiellement faux. La plupart des autistes sont tout à fait capables de regarder un autre humain dans les yeux, mais ils ne le font pas naturellement, parfois même ça leur est douloureux. Comme nous l’avons vu dans le premier numéro avec les recherches sur l’eye-tracking, les autistes ont tendance, et ce dès leur plus jeune âge, à se focaliser sur le décor plus que sur les personnages, et dans les visages à regarder plus volontiers la bouche que les yeux.

D’aucuns peuvent alors penser que de précieuses informations leur échappent, ou carrément qu’ils sont incapables d’apprendre, car l’échange de regards a été théorisé comme indispensable à l’ »attention conjointe », prérequis de tout apprentissage (il me semble pourtant que les enfants aveugles arrivent à assimiler pas mal de choses…). Ce raccourci est le point de départ de nombreuses méthodes, dans lesquelles des éducateurs et des parents passent des heures à essayer de capter le regard de l’enfant autiste, en général en lui donnant des M&Ms ou un autre « renforçateur » dès qu’il fixe les yeux de son interlocuteur. Ces méthodes sont ensuite évaluées selon des critères assez discutables : les « traits autistiques » de l’enfant ont-ils disparu ? Regarde-t-il davantage son interlocuteur ? La réponse est oui. C’est gagné, la méthode est efficace, on va la recommander, la financer, la rembourser, y former les professionnels… L’enfant vous regarde dans les yeux ? Victoire ! C’est vrai que ça lui donne l’air moins autiste. Qu’importe qu’il le fasse pour du chocolat… et qu’importe ce qu’il lui en coûte.

Nombre d’autistes adultes ont témoigné de la contre-productivité de cet exercice. Ils disent que regarder les gens dans les yeux leur est difficile, douloureux, angoissant. Se concentrer sur l’endroit où regarder serait également une pensée parasite qui les empêcherait de bien écouter leur interlocuteur. Parfois, pour ne pas avoir l’air bizarre, ils imaginent des techniques comme de regarder un point sur le front, ce qui donne l’illusion qu’ils regardent dans les yeux mais leur est moins pénible. Ils comptent dans leur tête pour cligner des yeux ou détourner le regard à intervalles réguliers, car on leur a aussi appris qu’ »il ne faut pas regarder fixement ». Socialement, ceux qui y parviennent sont ainsi mieux acceptés. Ne pourrait-on pas plutôt mesurer leur attention à l’aune de ce qu’ils ont compris du discours entendu ?

Peut-être devrions-nous, une fois encore, accepter le fait qu’il y a différentes façons de communiquer et d’apprendre, et que toutes sont valides. Si votre interlocuteur ne vous regarde pas dans les yeux, cela ne veut pas dire que vous n’avez pas toute son attention auditive. S’il vous regarde, cela ne signifie pas non plus qu’il vous écoute. S’il vous regarde ET vous écoute, il n’a peut-être rien compris à votre verbiage !

Le regard de Poppy est furtif. Il faut garder le doigt appuyé et prendre 20 photos du même instant pour en avoir une comme celle-ci. C’est pourtant celle que je vais sélectionner pour la partager. Peut-être est-ce moi qui ai un problème ?


Discussion

2 réponses à « Fake News – Regarder dans les yeux »

  1. Avatar de Athi

    Bonjour,

    J’ai commencé d’un coup à ne plus regarder dans les yeux durant l’adolescence. Etonnamment par le théâtre. Je me suis aperçu que ne pas regarder les gens dans les yeux m’aidait à garder le contrôle de mes émotions et à ne pas imiter l’expression facial de l’autre. A ma connaissance, les gens ne remarquent pas. En tout cas personne ne m’a fait la réflexion.

    Depuis je vais effectivement regarder le nez ou l’espace entre les soucils. Je vais me mettre à décortiquer les iris quand je regarde les gens dans les yeux. J’y suis si peu habitué que ça a quelque chose d’un peu fou. Mais le pire c’est de se concentrer sur les sourcils ou les mouvements de la zone pour essayer de suivre les émotions.

    Je dois aussi dire que voir double n’aide pas à apprécier de regarder des yeux. L’expression « Entre quatre yeux » a une toute autre signification pour moi.

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    1. La chute m’a fait rire 🙂 Moi je n’ai pas de mal à regarder dans les yeux, mais je ne supporte pas les blancs dans la conversation… Je passe le temps de parole de mon interlocuteur à forger ma prochaine intervention qui fera rebondir le débat.

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