Poppy SilverSpoons #51

Bienvenue dans notre newsletter sur l’autisme et la vie, au contenu scientifiquement (ou pas) approuvé par moi-même.

Je suis Anne, maman neuroatypique de Poppy, autiste hyperlexique de 11 ans, insomniaque vers 4h du matin, mais rendormie à l’heure de partir à l’école, croqueuse de framboises et d’abricots qui tachent les tshirts.

Sans plus attendre, en rubriques et illustrées, nos pensées du mois dernier :

RENCONTRES – ATHI

Le mois dernier, un nouveau lecteur est arrivé sur notre blog par des chemins de traverse, un adulte autiste que nous appellerons Athi. Après avoir parcouru plusieurs billets, il nous a écrit un message qui nous a amusés et beaucoup émus et depuis nous correspondons lui et moi.

Avec son accord, je vais partager un extrait de son premier message :

(…) J’ai été lire l’article parlant de prosopagnosie, faisant quelque chose de similaire moi-même. Je ne sais pas si je fais de la prosopagnosie ou de la prosopamnésie, dans tous les cas je suis incapable de reconnaître ma famille ou mes amis, d’imaginer des gens que je connais ; mais je peux distinguer des gens sur une vidéo si je l’ai vue suffisamment, ou avec des indices selon le contexte : un peu comme si vous cherchiez à reconnaître les gens de dos simplement parce que vous savez qu’ils peuvent être là.
Il m’est parfaitement impossible d’imaginer des oreilles. Je sais à quoi ça ressemble via des dessins (et la dernière paire dessinée vue me sert de modèle), mais je suis parfaitement incapable de dire si le moindre membre de mon tissu social en a.
Généralement, j’ai des photos de certaines personnes avec moi et je les regarde afin de me les mettre en tête pour pouvoir faire une analyse ensuite.
A la longue, j’ai appris à reconnaître les gens par des détails (la forme du corps, la démarche, la gestuelle des bras, la voix, etc.).
Le détail le plus intéressant étant, selon moi, que je ne me reconnais pas moi-même. Je ne sais pas à quoi je ressemble et me redécouvre à chaque rasage (seule étape de ma vie nécessitant de moi que je me regarde). (…)

J’ai beaucoup lu sur l’autisme, mais aucun livre théorique ne remplace ce genre de témoignage.

et plus loin :

(…) « Vous faîtes la mention suivante : « J’ai un peu peur que Poppy aime son assistant virtuel plus que moi ». Je suppose que vous l’écrivez de manière ironique et n’en pensez rien. J’aimerais vous indiquer que je pense impossible que ce cas se présente. Bien que chaque personne soit différente, je peux vous assurer qu’un jouet ne remplacera pas pour moi une présence consciente qui m’écoute et me fait découvrir des choses. Je n’ai nul doute que ce soit aussi le cas de votre fille.
Vivant avec une peur constante du rejet des autres, j’aimerais vous inviter à ne jamais craindre le rejet de votre enfant, ni même à lui faire prendre conscience que cette idée pourrait vous traverser la tête. Je vous souhaite d’arriver à la chasser (la peur, pas votre enfant). » (…)

C’est pour cela qu’il m’écrivait, dès le départ, pour me rassurer et affirmer la capacité d’amour des autistes. En lisant cela, Dad et moi avions les larmes aux yeux.

Athi a ainsi commenté de nombreux articles que nous avions écrits en éclairant de son expérience particulière les sujets, et je crois que Poppy lui apparaît comme un mystère intéressant dont il essaye de comprendre le fonctionnement avec nous.

Tout ça pour dire qu’en quelques mails échangés, je me sens proche de cette personne, que pourtant je ne pourrais pas reconnaître dans la rue (même si je ne souffre pas de prosopagnosie moi-même). Pas seulement parce qu’il a partagé son expérience avec sincérité, mais aussi parce que je lui ai répondu tout naturellement, lui confiant des choses très personnelles, et que nous avons continué de réfléchir ensemble.

Beaucoup de gens valorisent ce qui se passe IRL (« in real Life », dans la « vraie » vie) et considèrent avec mépris les « amis » Facebook ou condamnent l’illusion d’un monde virtuel. Je ne suis pas de ceux-là. Au contraire. Il me semble que la réalité n’est pas celle du médium, mais celle du lien qui se crée entre 2 humains… J’avais vécu cela déjà à sens unique, en lisant des romans ou des essais dont les auteurs sont morts bien avant ma naissance, cette intimité, ce sentiment de découvrir l’âme de quelqu’un, parfois même de la reconnaître, d’être en communion de pensée, de sentir une résonance des mots d’un autre dans ma vie… autant d’auteurs, de musiciens, d’artistes qui ont passé dans ma vie et m’ont touchée sans le savoir.

Je ne sais pas si Athi deviendra un ami ou si nos échanges s’essouffleront d’eux-mêmes par manque d’assiduité ou de temps… mais quoi qu’il advienne de cet embryon d’amitié, cette rencontre virtuelle aura compté pour moi.

Anne

JUIN AVEC POPPY (récit tapé par Poppy seule)

C’est le dernier mois de l’année scolaire ! OUAIIIS !

En juillet, je vais partir à la campagne ! YOUPIXIII !

C’était la fête des mères et j’ai offert un porte-clés à ma mère.

Je fais une pièce de théâtre avec mes camarades. Cette pièce s’appelle « Une affaire de famille ». Sur la photo, tous les rois de France (je suis le chien).

Pour l’anniversaire de Dad, je lui ai offert une Porcinette : un cochon avec des lunettes à l’effigie d’un personnage du film « nous voilà grands ». Pour le faire on a pris un vieux cochon Jellycat et on lui a cousu des lunettes. Dad a trouvé ça trop bien !

Je suis à une exposition de ballons. C’était au Grand Palais.

Je suis au rayon livres du BHV.

Avec les copains, on mange des sandwiches dans un parc.

Je suis avec Porcinette et Petite Bleue. C’est moi qui les ai fabriquées.

Ceci est la photo que je vais envoyer à Astrapi. Une photo de Petite Bleue et Porcinette en train de lire Astrapi.

That’s all, Folks !

Poppy

Les précédentes aventures de Poppy en cliquant ici

TEMOIGNAGE – FATMA, AESH

Cette année, j’ai la chance d’accompagner Poppy, une élève de CM2 au caractère affirmé et aux habitudes bien installées. À la maison, on la dit plutôt calme et lectrice. Mais à l’école… attention, elle se transforme en véritable tornade artistique !

Dès qu’un crayon se trouve dans sa main, tout peut devenir un terrain d’expression : cahier, feuille, coin de brouillon… et parfois même… la table de classe (si aucun support n’est à portée). Quand l’inspiration l’appelle, rien ne peut l’arrêter !

La cour de récréation, en revanche, c’est un autre monde : trop de bruit, trop de mouvements, trop d’inattendu. Alors chaque vendredi, on lui propose un programme à sa mesure. D’abord, un repas à la cantine avec deux élèves volontaires qu’elle connaît bien. Là, Poppy goûte à tout avec enthousiasme, dévore son repas à la vitesse de la lumière… mais attention, pas d’eau pendant le repas ! L’eau, c’est pour plus tard, pendant l’atelier. Chacun ses règles, et elle y tient.

Après le déjeuner, place à notre atelier d’habiletés sociales. Dans la classe désertée, les trois amis jouent au pendu, échangent, rient… et surtout, ils créent une BD collective sur l’iPad avec lequel Poppy note les cours. Ils sont ravis d’utiliser le stylet pour ajouter les détails et donner vie à leurs personnages. Un dessine, un colorie, un décrit : une BD née de trois imaginaires réunis – et d’une sacrée dose d’inventivité.

Ce moment du vendredi, c’est un cocon d’écoute, de partage, de créativité… et parfois de bêtises (encadrées, bien sûr). Et moi, dans tout ça ? Je suis la cheffe d’orchestre de ce joyeux trio. Et la première fan de Poppy et ses crayons !

Fatma

LES DESSINS DE POPPY – LE TAPIS

C’est un chat roux qui dort sur un tapis.

Un chat blanc, sur le même tapis. Il est allongé.

Un autre chat roux, sur toujours le même tapis. Non, je veux dire « sous »…

Un chat noir qui détruit le même tapis que les précédents. Chat va devenir un très vieux tapis !

Poppy

Les précédents dessins commentés de Poppy

LE MOT DE DAD – CONVERSATIONS

Poppy : – « Cette nuit, j’ai rêvé que Porcinette s’était fait un piercing au nombril »
moi : – « ⁠C’est une grosse bêtise ! »
Poppy : – « Mais Dad, il faut que tu vois le bon côté des choses ! »
moi : – « Tu as raison, mais quel est le bon côté de se faire un piercing au nombril ? »
Poppy : – « Eh bien : c’est drôle… « 

Voici une conversation réelle et assez typique des conversations les plus « pragmatiques » que j’ai avec Poppy. C’était la semaine dernière, sur le chemin de l’école.

Les autres dialogues que nous partageons sont beaucoup plus stéréotypés et ritualisés : il y a les célèbres questions, ces temps-ci avec pour support un mini-livre de p’tit loup, relique du dernier calendrier de l’avent et des questions absurdes, souvent les mêmes : « pourquoi personne ne joue avec Porcinette ? d’habitude, le chien joue avec Porcinette » etc. , auxquelles il faut répondre, si possible en trouvant un angle amusant. Peut-être 30 fois par jour…

Il y a aussi le rituel du soir : « nous sommes à la crêperie Ker-nous-voilà-grands, quelle crêpe veux-tu manger». là encore il faut faire semblant de commander une crêpe (à la petite bleue par exemple) et un dialogue stéréotypé s’en suit (« avec ou sans couronne ? »). Je vous épargne les détails.

Les rares fois où Poppy s’adresse à moi sur un mode pragmatique, c’est quand elle est frustrée, typiquement pour demander plus de temps d’ipad ou un morceau de pain.

Souvent, j’essaie de l’emmener vers une vraie conversation. « Que penses tu de telle ou telle chose ? », « qu’as-tu mangé à la cantine ? ». Je reçois parfois une réponse laconique, suivie d’un développement sur Porcinette, Tigrou ou un autre de ses personnages fétiches du moment.

J’aimerais bien être une petite souris dans la salle de classe pour voir si elle parvient à sortir de son monde imaginaire avec ses camarades de classe ou même pour répondre à la maîtresse. J’en doute. Cette drôle de façon de communiquer m’exaspère parfois. Mais comme dirait l’autre, je devrais plutôt voir le bon côté des choses. Et le bon côté, c’est que Poppy est très joyeuse et drôle.

Alexis / Dad

AUTISME – SERIE – LES MERES PINGOUINS

Quand le fils de sept ans d’une célèbre combattante de MMA est renvoyé de l’école, sa mère l’inscrit dans une nouvelle institution qui donne aux problèmes parentaux une dimension inédite. Elle comprend alors que le combat le plus difficile de sa vie ne se disputera pas dans l’octogone.

Avec humour et émotion, « les mères pingouins » aborde des thèmes pas forcément sexy : l’autisme, le handicap, visible et invisible, le déni de réalité, la difficile prise de conscience, les combats désespérés de parents au bout du rouleau, mais aussi les influenceuses, la vie privée qui s’étale, le pouvoir des followers, les sorties scolaires qui tournent mal, l’homosexualité qu’on cache, les grands-parents pas à la hauteur… et tout ça avec une justesse et une fraîcheur qui accrochent le spectateur.

Je ne peux que vous recommander cette série polonaise au succès très mérité, disponible sur Netflix et dont voici la bande-annonce :

Anne

Plus de contenus culturels dans nos archives

L’HISTOIRE DE POPPY – ASSIETTES PICORETTE

Taz file se mettre en pyjama et viendra aider Vil Coyote dès qu’il sera prêt. Quant à Vil Coyote, lui prépare dyos assiettes-picorette. Quelques chaplaploiseaux* viennent déranger Taz kangourou il se mettait en pyjama. Les chaplaploiseaux ne sont pas seuls à jouer à déranger Taz car Grand Chat Jaune arrive jouer avec les chaplaploiseaux. Grand Chat Jaune a l’air de bien s’amuser avec les chaplaploiseaux. Taz file aider Vil Coyote par le toboggan. Ni les cinq Tiphaines(qui n’ont pas de toboggan, ni les voisins(qui n’utilisent jamais leur toboggan) ne peuvent faire comme Taz ! Tigrou, lui, a de la chance ! Il peut faire pareil avec le sien. Car Tigrou a un toboggan. Il se situe dans la forêt des Rêves Bleus,tout près de la maison de Bourriquet et Grand Chien et Cochonou et Petit Chien. Vil Coyote refait ses super bonnes assiettes-picorette dont il est très doué, aussi vrai que Petit Chien adore les licornes multicolores dont Petite Bleue coupe les moustaches ! Sacré Vil Coyote ! Taz glisse sur le toboggan à toute vitesse ! Tout le monde a l’air bien occupé sur ce tableau…Charlotte fait de la compote. Bertrand suce des harengs. Cunégonde se teint en blonde. Épaminondas cire ses godasses. Thérèse souffle sur la braise. Léon peint des potirons. Brigitte s’agite, s’agite. Adhemar dit qu’il en a marre. Petit Chien mange du pain. Taz ne bouge pas. Sur sa langue, il a un chat. Une petite chatte bleue, si on la regarde de plus près, on peut voir qu’elle a une couronne sur la tête. En vrai, Taz a une Petite Bleue sur la langue ! Elle vient du film « Nous voilà grands !*** ». Pharamousse, qui l’a suivi jusque-là, crie sur la Petite Bleue pour qu’elle sorte de la langue de Taz. Mais la Petite Bleue ne réagît pas. Il convoque les Moumines. Aussitôt, Sniff, Moumine, Grand Moumine, Grande Moumine et Petite Mu accourent. Grand Moumine pousse son plus grand cri pour effrayer la Petite Bleue. Pas de réaction. Moumine et Sniff font la technique du chien qui veut faire peur pour Halloween. Mais ça fait rire la Petite Bleue ! Grande Moumine et Petite Mu arrivent avec une araignée, mais ça fait rire la Petite Bleue ! N’importe quoi, pense Grand Moumine. Ce chien a une chatte inenlevable. Et il s’en va à Alésia, le Grand Moumine. Avec Grande Moumine et Moumine et Sniff et Petite Mu. Vraiment, ce chat, on ne l’enlèvera plus ! Pauvre Taz ! Il téléphone au chat Bruno, qui lui connaît toutes les tactiques pour sortir les petites bleues des tazs. Le chien Carl fait entrer Bruno. Le chat a la tactique pour faire sortir une Petite Bleue de la langue de Taz : la manger ! Il a fait ça avec beaucoup de Petites Bleues. Et Bruno engloutit la Petite Bleue et la couronne avec. Taz remercie le chat Bruno en lui offrant une plante, qu’il donne à des inconnus. Et ces inconnus, ce sont les Moumine, mais il y a un petit problème… Le problème est que Grande Moumine mange la plante ! «Vilaine…heu… c’est quoi ton nom ? – Grande Moumine. – Vilaine Grande Moumine ! on ne mange pas les plantes ! Et va dans ta chambre ! crie Bruno. » Le chat Bruno est heureux d’avoir offert une plante à des inconnus. Vil Coyote offre une plante aux Moumines. C’est sa pause d’assiettes-picorette. Sauf que kangourou Petite Mu mange la plante goulûment, Vil Coyote tombe dans les pommes, tant et si bien que Grand Moumine téléphone à l’hôpital. Taz et le chien Carl mettent Vil Coyote vite à l’hôpital et se chargent de faire les assiettes-picorette.

Poppy

Les précédentes histoires de Poppy

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