Autisme – L’inversion pronominale

Parmi les petits signes peu connus mais typiques de l’autisme, il y a l’inversion pronominale.

  • « Poppy as-tu faim? »
  • « Tu as faim. »
  • « Non il faut dire « j’ai faim », c’est toi qui as faim pas moi. »

Pas si facile à expliquer, que le pronom personnel « tu » représente tantôt toi tantôt moi, selon que c’est moi ou toi qui l’utilises, sans entrer dans une théorie levinassienne de l’altérité.

L’enfant neurotypique comprend assez vite que « tu » est l’autre, le visage de l’interlocuteur est instinctivement perçu comme étranger, de même que l’intégrité du moi sujet est évidente, ses limites claires, au moins corporellement. Pour les autistes, c’est un peu différent, et pas toujours facile.

A 10 ans, Poppy se trompe encore très souvent. Cela veut dire que l’emploi d’un pronom lui demande reflexion, un effort, un peu comme Dad qui confond droite et gauche s’il ne regarde pas à quel poignet il porte sa montre (gauche). Lui dites pas que j’vous l’ai dit, mais comme copilote il est terrible… pas pire que moi comme conductrice, rétorquerait-il.

Mais revenons à l’inversion pronominale, caractéristique de l’autisme. On a tenté de l’expliquer par une difficulté à percevoir les contours de son être, la même théorie qui explique le besoin d’être contenu, enveloppé, dont je vous ai déjà parlé ici. Je ne trouve pas que cela corresponde à Poppy. Je crois plutôt qu’elle s’est intéressée aux mots avant de s’intéresser à leur signification, à la grammaire avant les histoires. On l’a appelée « tu ». En toute logique elle s’est donc elle-même attribué ce pronom.

Anne (je)


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