Lorsque Poppy avait 3 ans, avant même son diagnostic d’autisme, je me souviens avoir déjeuné avec mon amie Caroline et lui avoir expliqué qu’il me semblait que ma fille de 3 ans se comportait comme un enfant de 2. Pour masquer mon inquiétude de néo-père, j’avais ajouté cette pirouette d’un humour douteux : « lorsqu’elle aura 50 ans, elle en paraîtra 49… ».
Ce décalage, que je percevais à l’époque, perdure. Les centres d’intérêts de Poppy, qui a dix ans, sont souvent ceux d’un tout petit enfant. Elle préfère de loin lire des livres pour bébés et serrer dans ses bras de douces peluches à toute autre activité prisée par une pré-adolescente. Pour Noël, Poppy a réveillonné en compagnie de certains de ses cousins : un grand de 15 ans, deux d’âges proches du sien (12 et 9) et un plus petit de 4 ans. C’est avec ce dernier qu’elle a passé son temps et un très bon moment, partageant visiblement une complicité réelle avec lui. Quelques jours auparavant, je l’avais emmenée voir un spectacle de Winnie l’Ourson dans un joli théâtre des Grands Boulevards. Aucun des jeunes spectateurs ne semblait dépasser les 5 ans… et Poppy était dans son élément !
Souvent je me pose des questions. Est-il sage de continuer à lui proposer des activités qui lui plaisent et qui par conséquent correspondent souvent à des intérêts de petit enfant, jusqu’à ce qu’elle évolue naturellement ? Ou bien devrait-on faire différemment ? J’ai des amis que j’aime et qui aiment leur fils (lui aussi autiste) et qui, confrontés à des questions semblables, ont fait des choix différents, comme d’interdire un livre à leur enfant, au prétexte que ce n’était plus de son âge. A l’époque, cela m’avait choqué. Cette question de gestion du décalage des intérêts de Poppy relève autant de l’éducation que du rapport à la normalité. Et je suppose que ma pente naturelle est pour une éducation qui ne pousse pas à grandir à tout prix, en espérant bien faire…
Mais je crains que les conséquences de ce décalage s’intensifient avec le temps ; comment va se passer l’adolescence, le collège, le lycée ? Pour masquer mon inquiétude, je reprends ma réponse à Caroline en passant, avec un humour toujours douteux, de la différence absolue à une différence relative : « Lorsqu’elle aura 50 ans, elle en paraîtra 33 ».
Alexis / Dad



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