Parmi les nombreux projets avec lesquels j’ai l’impression de jongler ces temps-ci comme je ferais tourner des assiettes chinoises, il y a celui d’exposer les dessins de Poppy.
Vous l’avez vu dans les précédents numéros, ou sur la page Galerie du site, Poppy dessine, beaucoup. Beaucoup, beaucoup, beaucoup. Elle dessine sur du papier, au feutre noir essentiellement, ou sur l’iPad, du bout de la patte, en choisissant ses couleurs. Elle ne le fait pas pour produire un dessin, ni pour le montrer, même si elle adore qu’on lui « raconte » ses anciens dessins. Elle se fiche totalement de ce qu’on en pense. Elle fait pour faire et jubile en faisant. Sur un seul dessin il y a tout un déroulé invisible, un arrière-plan sur lequel sont arrivés les personnages, et des objets qui sont recouverts par de nouveaux arrivants. Quand j’en retrouve un dans mes photos, je sais que je ne vois que la scène finale. Il faudrait enregistrer l’écran en video et sa voix derrière pour comprendre de quoi il retourne.
La semaine dernière, entre prises de tête sur l’accompagnement idéal de Poppy et rencontres internationales de l’Autisme par procuration (voir le mot de Maëlle ci-dessous), la réunion la plus improbable était en Visio avec une amie artiste, baignée dans la lumière de Rome où elle vit maintenant, comme une apparition devant mon écran. Elo est une maîtresse fée pour Poppy et il était question d’imaginer une exposition croisée de leurs oeuvres à toutes deux…
Alors que je m’interrogeais sur la pertinence d’une telle expo arguant que Poppy n’est pas (encore) une artiste, Elo m’a donné son point de vue :
« L’idée centrale qui nous lie, c’est le process, enregistré par l’iPad. L’important n’est pas l’oeuvre finale mais le cheminement.
Pour un artiste, réussir à se détacher de l’approbation du spectateur est un enjeu, parfois un travail sur soi qui dure toute la vie, un objectif vers lequel tendre. Or Poppy a ça naturellement. Elle est libre de créer. Et c’est son autisme qui lui procure cette liberté… »
Ce qui est vu par les professionnels comme un symptôme, par la société comme un déficit… peut se révéler une immense qualité si on change de prisme !
Poppy n’est pas entravée ou enfermée dans son autisme, elle est libre.

Dessin sur iPad par Elo


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