Quand Poppy était petite, nous avons vite remarqué qu’elle était en décalage dans ses apprentissages, accumulant de nombreux retards, surtout en motricité, et un énorme îlot de compétence : la lecture. Nous avons décrit dans de précédents numéros l’hyperlexie de Poppy et expliqué plus généralement ce qu’était l’hyperlexie (quand les mots sont soulignés dans la newsletter, vous pouvez cliquer dessus pour aller directement sur l’article auquel on fait référence). Pour résumer, Poppy a su lire très tôt, vers 2 ans et demi. Elle a un large vocabulaire, une orthographe et des constructions de phrases complexes naturellement sans faute, depuis ses premiers mots. À ce super pouvoir très étonnant s’ajoute une curiosité insatiable pour les langues étrangères.
Ce n’était pas une simple avance de quelques mois, c’était un fossé, un avantage concurrentiel évident. J’osais à peine alors imaginer jusqu’où cela la mènerait… Mozart de la littérature. Si elle était capable de tout lire à 3 ans, elle aurait vite fait le tour des petites histoires pour bébé, elle lirait Victor Hugo à 5 ans et Nietzsche à 10, Shakespeare en anglais. Probablement qu’elle composerait des sonnets pour commencer, passerait de la poésie à la prose par les haïkus en idéogrammes pour livrer à l’humanité émerveillée le Mahabharata des temps modernes, ses personnages rejoindraient Jésus Christ et Harry Potter au panthéon des destinées humaines. Je méprisais un peu les scénarii simplistes des habiletés sociales : si elle avait du mal à appréhender les émotions, la littérature classique allait lui apprendre les nuances des affections, une énorme banque de données à laquelle se référer en toute situation…
Poppy a 10 ans. En septembre elle entre en CM2. Dans le « pack rentrée » de l’école il y a 2 livres à lire durant l’été, 2 petits romans d’une centaine de pages. On a commencé par « le premier dessin du monde » dont le sujet devrait l’intéresser : un petit garçon à la préhistoire, qui a l’idée soudaine de tracer dans le sable la silhouette d’un bison. On rame. Vraiment. Déjà l’année dernière on n’a pas failli arriver au bout du « puma aux yeux d’émeraudes ». Elle refuse de lire. Alors je lis. Marta lit. Dad lit. On lit à voix haute, on résume, on pose des questions pour voir si elle a compris. Un demi-chapitre à la fois, qu’on répète encore et encore. Elle s’en fiche. Elle baille, se bouche les oreilles, veut fuir. « Les livres sans images sont pour les enfants sans imagination. » nous sert-elle. Et hier soir, je la surprends qui s’assied face à la chenille trouvée dans le jardin et ouvre son livre… « Je vais te lire une histoire Stevie. C’est « le premier papillon du monde ». » Elle tourne les pages et lit « il était une fois une petite chenille qui s’appelait Stevie et qui cherchait un endroit pour construire sa chrysalide »…
Ohmmmmmmmm
Anne



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