La semaine dernière, je vous ai parlé de motivation sociale et j’ai été assez injuste avec Poppy en expliquant qu’elle en manquait et qu’elle nous ignorait souvent. Ce n’est pas vrai. Elle a toujours communiqué, même si parfois ses signaux étaient difficiles à décoder. Là encore, il s’agit plus d’une différence que d’un déficit. La même prise de conscience a amené un chercheur, Damian Hilton, en 2012, à théoriser le problème de la double empathie.
Dans la littérature scientifique sur l’autisme, on rencontre souvent l’expression « manque d’empathie » (souvent lié à déficit dans la théorie de l’esprit). Damian Hilton émet l’hypothèse que les difficultés des autistes à être en empathie avec les neurotypiques ne seraient pas plus grandes que la réciproque. Les non-autistes ont aussi beaucoup de mal à comprendre et analyser les attitudes et émotions des autistes. Lorsqu’il s’agit de culture ou de langue étrangère, ces différences ne sont pas analysées comme des déficits d’un groupe par rapport à l’autre.
Cette thèse est aujourd’hui corroborée par de nombreuses études et observations*. Les familles ou les groupes d’amis autistes expliquent que tout va bien tant qu’elles sont en vase clos dans leur univers, enfants, parents, amis, tous autistes, vivraient en harmonie… C’est quand il faut aller à l’école ou affronter la société des neurotypiques que tout se complique et qu’apparaissent les situations de handicap et les incompréhensions.
Pour revenir à l’empathie au sens propre, il semble que les autistes, y compris ceux qui ne s’expriment pas verbalement, absorbent les émotions comme des éponges et sont très sensibles à la détresse d’autrui, mais qu’ils ont parfois du mal à montrer leur empathie, surtout sur le moment, ce qui donne lieu à des réactions parfois inadaptées. Il peut y avoir un décalage entre le moment où votre ami vous fait part d’un chagrin par exemple et celui où vous êtes triste pour lui. Mais l’intensité de la tristesse n’en est pas moindre.
Leur sens de la justice est grand, et chez certains autistes on observe que le supposé manque de sympathie pour un individu est largement compensé par une empathie pour le genre humain, voire la cause animale, voire la défense de la planète toute entière, à l’instar d’une jeune femme autiste comme Greta Thunberg.
Le cheminement vers une société où il fera bon vivre ensemble commence peut-être par la connaissance et l’acceptation de l’autre tel qu’il est.
Anne
*étude parue en 2024 sur le problème de la double empathie (en anglais)


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