Bienvenue dans notre newsletter sur l’autisme et la vie, au contenu scientifiquement (ou pas) approuvé par moi-même.
Je suis Anne, maman neuroatypique de Poppy, autiste hyperlexique de 10 ans, dessinatrice de glaces et visiteuse de musées.
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Sans plus attendre, en rubriques et illustrées, nos pensées de la semaine :
LA VIE – MOTIVATION SOCIALE
Cette semaine, une vidéo des premiers pas de la petite cousine de Poppy nous a émus et interpellés. Gabrielle, 17 mois, s’élance bravement entre ses deux parents assis sur le sol, elle va voir papa de 3 pas hésitants, puis se retourne et rejoint maman, galvanisée par les « Yeah ! Hourra ! Wahou ! Bravo ! » fiers et enthousiastes. Je me rappelle une scène filmée par mon père avec Poppy au même âge qui préférait aller de bras en bras. Elle a marché un mois plus tard, traversant le salon en agitant joyeusement ses mains, pour aller chercher un livre, totalement indifférente à notre réaction. Rétrospectivement, c’est le genre d’indice qui aurait dû nous mettre la puce à l’oreille.
Une immense partie de ce qu’on accomplit dans la vie, des premiers pas aux réussites professionnelles en passant par les apprentissages scolaires, les effets de style ou les exploits sportifs, est motivée par l’envie qu’on a de faire plaisir, d’impressionner, de susciter l’intérêt, voire l’amour, de prouver sa valeur, face à autrui ou à soi-même. La curiosité naturelle est présente aussi bien sûr, mais elle est rarement seule. Les premiers pas de Gabrielle, son doigt pointé vers un objet désiré, sont adressés. Elle les fait pour ses parents, comme elle rentrera de l’école dans quelques années en brandissant un bulletin parfait.
J’ai l’impression que pour Poppy, cette motivation sociale est quasi nulle. Elle n’a pas pointé du doigt, a fait ses premiers pas parce qu’elle en avait besoin sur le moment. Longtemps, son discours a été comme une prosodie pour elle-même. Elle savait lire mais pas converser. Il a fallu des années avant qu’elle s’adresse à nous et, encore aujourd’hui, elle est demandeuse d’échange selon ses conditions. Les fameuses questions évidemment… Il y a aussi ses dessins, qu’elle souhaite qu’on lui décrive. Elle se fiche bien que vous les trouviez jolis ou pas. Elle se sert de vous comme de « dis Siri ».
Je suis un peu inquiète concernant l’école… il me semble que nombre de progrès sont accomplis pour la bonne note et ce qu’elle représente. Poppy, qui a une orthographe parfaite, fait une dizaine de fautes à chaque dictée. Parce que c’est une dictée, les fautes font partie de l’exercice. C’est même le seul endroit où elles lui semblent pertinentes. Elle a appris à lire, à parler différentes langues, à dessiner les émotions des animaux, toute seule, pour la beauté du geste. Cela va peut-être changer. Deviendra-t-elle soucieuse de ce qu’on pense d’elle, souhaitera-t-elle être acceptée, se conformer ? Qu’elle y parvienne ou pas, ce ne sera pas naturel pour elle.
Comprenons nous, je ne dis pas qu’elle ne ressent pas d’émotions ou qu’elle n’a pas de sentiments pour les autres. Bien au contraire, son amour est pur, sans contrepartie.

Anne
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LA SEMAINE #30 DE POPPY (récit tapé par Poppy seule)
Cette semaine, je suis allée au musée en herbe avec Ulis, Marta est venue et on a mangé une pizza Elisabeth. C’est ma pizza préférée avec tomates, champignons, jambon et fromage. Quel délice !

Je suis au spectacle pour voir les Aristochats en comédie musicale: dans ce spectacle, les Aristochats dansent au lieu de marcher et chantent au lieu de parler.

Je suis dans la cité des Sciences et de l’industrie. Là-bas, il y a un studio TV.

Je fais semblant de conduire la voiture dans le studio TV.

Je fais du rock’n roll dans le studio TV où il y a beaucoup de musique.

Je regarde Vice-Versa avec Dad. Il y a un film Vice-Versa 2 qui sort cette semaine et j’irai le voir au cinéma ce weekend.

Marta est venue passer une journée avec nous. C’est ma grand-mère fétiche.

C’est un atelier de galaxie au musée en herbe. Il y a Zhangzi qui recoud le ciel.
That’s all Folks !
Poppy
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AUTISME – SÉRIE – THE GEEK GIRL
J’ai un peu honte d’être tombée sur cette série, autant par hasard que par flemme. Après les K-drama, voici que je regarde des teen-séries, ou séries pour adolescent·e·s, équivalents modernes de « la Boum » ou « À nous les garçons! ». Un scénario à l’eau de rose une adolescente moquée et mal dans sa peau qui finit par séduire le beau gosse trop cool du collège… Bref.
Ici nous avons Harriet, une jeune fille intelligente, passionnée de dinosaures et de biologie, véritable encyclopédie sur pattes qui se fait harceler dans son école. Elle est aussi maladroite qu’hypersensible aux bruits et totalement perdue face aux codes à posséder pour s’intégrer dans la jungle des relations entre ados. Elle n’a qu’une amie, qui rêve de bosser dans la mode. Evidemment, c’est la geek qui est repérée pour devenir top-model. Sa gaucherie est touchante, son inadaptation une fraîcheur.
J’ai regardé les premiers épisodes avec une curiosité qui s’est accrue au fur et à mesure que je comprenais l’évidence : Harriet est autiste, pas une sorte d’autiste à la Sheldon Cooper ou Phoebe Buffet, petits ovnis neurodivergents, non, vraiment autiste. The Geek Girl est une série légère, qui traite le sujet du côté lumineux de la force. On n’y sent que l’amorce des crises beaucoup plus violentes dans la vie. Harriet s’adapte et les surmonte quand d’autres seraient envahis de pensées suicidaires…
Je me demandais si les scénaristes allaient assumer, à quel moment le mot en A serait prononcé. Il ne l’est pas. On s’en approche quand le père déclare qu’il ne laissera pas sa petite fille être étiquetée, « réduite à un diagnostic ».
Un peu sur ma faim, j’ai fait des recherches et vite compris que je n’étais pas la seule à poser la question. La série est adaptée d’une dizaine de livres à succès auprès des jeunes, « The Geek Girl ». Son auteur, Holly Smale, explique qu’elle y raconte son adolescence. A l’époque elle ne savait pas qu’elle était autiste. Elle a été diagnostiquée à 39 ans. Et pour jouer le rôle, une actrice autiste a été choisie, Emily Carey. Voilà qui répond aux accusations de non représentativité de l’autisme et au procès en authenticité.
Alors effectivement il s’agit là d’une héroïne autiste sans déficience intellectuelle ni retard de langage, et même peut-être sans handicap, mais c’est une autiste et sa neurodivergence est célébrée. On y voit d’ailleurs d’autres personnages hauts en couleurs. Le geek, autrefois moqué, deviendrait-il cool ? Vers la bienveillance et au delà !
Anne
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LE DESSIN DE POPPY

C’est une chambre. Dedans, il y a un château fort et un avion suspendu au plafond comme un plafonnier. Dans cette chambre, il y a aussi un lit. Dans ce lit, il y a un oreiller. Sur cet oreiller, il y a un canard qui dort et rêve qu’il est un chien. A sa gauche, il y a un lapin. Sur la couverture, il y a d’autres choses : un livre de contes. ET c’est tout !!!!!
That’s all folks !
Poppy
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Anne


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