Motivation sociale

Une vidéo des premiers pas de la petite cousine de Poppy nous a émus et interpellés. Gabrielle, 17 mois, s’élance bravement entre ses deux parents assis sur le sol, elle va voir papa de 3 pas hésitants, puis se retourne et rejoint maman, galvanisée par les « Yeah ! Hourra ! Wahou ! Bravo ! » fiers et enthousiastes. Je me rappelle la même scène filmée par mon père avec Poppy au même âge qui préférait aller de bras en bras. Elle a marché un mois plus tard, traversant le salon en agitant joyeusement ses mains, pour aller chercher un livre, totalement indifférente à notre réaction. Rétrospectivement, c’est le genre d’indice qui aurait dû nous mettre la puce à l’oreille.

Une immense partie de ce qu’on accomplit dans la vie, des premiers pas aux réussites professionnelles en passant par les apprentissages scolaires, les effets de style ou les exploits sportifs, est motivée par l’envie qu’on a de faire plaisir, d’impressionner, de susciter l’intérêt, voire l’amour, de prouver sa valeur, face à autrui ou à soi-même. La curiosité naturelle est présente aussi bien sûr, mais elle est rarement seule. Les premiers pas de Gabrielle, son doigt pointé vers un objet désiré, sont adressés. Elle les fait pour ses parents, comme elle rentrera de l’école dans quelques années en brandissant un bulletin parfait.

J’ai l’impression que pour Poppy, cette motivation sociale est quasi nulle. Elle n’a pas pointé du doigt, a fait ses premiers pas parce qu’elle en avait besoin sur le moment. Longtemps, son discours a été comme une prosodie pour elle-même. Elle savait lire mais pas converser. Il a fallu des années avant qu’elle s’adresse à nous et, encore aujourd’hui, elle est demandeuse d’échange selon ses conditions. Les fameuses questions évidemment… Il y a aussi ses dessins, qu’elle souhaite qu’on lui décrive. Elle se fiche bien que vous les trouviez jolis ou pas. Elle se sert de vous comme de « dis Siri ».

Je suis un peu inquiète concernant l’école… il me semble que nombre de progrès sont accomplis pour la bonne note et ce qu’elle représente. Poppy, qui a une orthographe parfaite, fait une dizaine de fautes à chaque dictée. Parce que c’est une dictée, les fautes font partie de l’exercice. C’est même le seul endroit où elles lui semblent pertinentes. Elle a appris à lire, à parler différentes langues, à dessiner les émotions des animaux, toute seule, pour la beauté du geste. Cela va peut-être changer. Deviendra-t-elle soucieuse de ce qu’on pense d’elle, souhaitera-t-elle être acceptée, se conformer ? Qu’elle y parvienne ou pas, ce ne sera pas naturel pour elle.

Comprenons nous, je ne dis pas qu’elle ne ressent pas d’émotions ou qu’elle n’a pas de sentiments pour les autres. Bien au contraire, son amour est pur, sans contrepartie.

Anne


Discussion

Laisser un commentaire

Newsletter : recevez chaque mois des nouvelles de la Famille SilverSpoons !

Conçu avec WordPress.com