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Poppy et Dad sont au Jardin d’Acclimatation et j’en ai profité pour faire le ménage. J’aime que tout soit propre et bien rangé. Même si ma maniaquerie ne va pas jusqu’au fond des placards, je m’applique à passer le sol à la vapeur au moins une fois par semaine, le paillasson et les semelles des chaussures aussi, qui pourtant sont interdites à l’intérieur… sauf couvertes de sur-chaussures jetables que je garde à portée de main près de la porte au cas où un plombier ou autre livreur ne soit pas prêt à enlever ses chaussures de sécurité.
Depuis plusieurs semaines, mois, années, un truc me démange : ranger et réparer la jolie maison de poupée que j’ai trouvée lors d’un vide-grenier de quartier en 2018.

À l’intérieur, il y a tout, de bric et de broc, fabricolé par un ancien propriétaire. J’ai passé ça à la vapeur bien sûr, rangé et rafistolé ce qui en avait besoin, avant de l’offrir à Poppy.

Fragile mais vraiment charmante, elle a trouvé sa place dans le salon et Poppy jouait régulièrement à y raconter des histoires d’animaux humanisés avec ses figurines. Elle y mettait le bazar et je rangeais. Classique.
Mais depuis un incident l’année dernière les choses ont changé. Cette catastrophe n’a même pas eu lieu chez nous, mais chez la grand-mère de Poppy, qui a aussi une maison de poupées. Avant l’arrivée de Poppy, elle a eu la mauvaise idée de la ranger. Poppy a piqué une grosse crise*, une énorme crise* même, en découvrant la forfaiture. C’était comme si ce changement avait affecté toute la grande maison, comme si elle perdait un repère essentiel et trouvait alors tout bouleversé, inhospitalier, angoissant.
Depuis, elle s’attache au désordre de sa maison de poupée comme un coquillage à son rocher. Impossible d’y faire le moindre brin de ménage. Pire, elle y ajoute du bazar chaque fois qu’elle joue, mais c’est le sien, elle le connaît, elle sait qu’il y a un minuscule os dans une gamelle au fond de la cuisine, sous le vaisselier effondré et l’âne en culotte… Je tente parfois des trucs, comme mettre tous les personnages dans une boite à chaussures à côté de la maison. En voyant cela, elle pique une colère et s’applique à vider la boîte en un tas immonde. Elle me nargue, elle me provoque. « C’est ma maison de poupées et je l’aime en bazar, en gros bazar ».

J’avais entendu parler de rigidités chez les jeunes enfants autistes, de panique face à un changement d’ordre des livres sur une étagère ou de doudou. C’est la fameuse recherche de l’immuabilité que nous vous décrivions l’autre jour.
Poppy connaît tous les milliers de livres de ses bibliothèques de façon assez dingue « Je veux nationale zéro. » Il est dans la bibliothèque à droite de ma chambre. » « Je ne le trouve pas Poppy, aide-moi. » « C’est un petit livre. Sa tranche est noire ! » Elle ne se trompe jamais. Mais ça me va car ils sont rangés de façon relativement esthétique.
Les premières années, nous triions régulièrement livres et doudous pour en donner et en envoyer à la campagne. Nous le faisions ensemble et elle était ok. Et puis un jour elle a eu un regret, un petit doudou chien dalmatien qu’elle avait donné pour Noël lui manquait. Elle est toujours triste de ça, et nombre de ses angoisses sont liées au sujet « Si on ne joue pas avec un jouet, les cigognes vont le prendre et l’emmener chez les labradoodles. C’est là que vont les jouets avec lesquels on ne joue pas. » Dès lors, elle n’a plus voulu se séparer de rien et j’ai peur qu’un début de syndrome de Diogène la guette… et me terrasse !
Anne
*Quand je parle de « crise », il ne s’agit pas ici de crise de colère, mais de ce qu’on appelle un « meltdown » ou effondrement autistique. Comme tous les enfants Poppy pique parfois des colères, se roule par terre ou tape fort pour montrer son mécontentement… il ne s’agit pas de ça. Ce sont des crises qui ne sont pas adressées à l’entourage, des moments où son chagrin/désespoir/inconfort est évident mais nous ne pouvons rien faire pour elle. C’est assez déconcertant. Dans un prochain numéro je vous parlerai des différents mots pour désigner des états caractéristiques de l’autisme.


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