Bienvenue dans notre newsletter sur l’autisme et la vie, au contenu scientifiquement (ou pas) approuvé par moi-même.
Je suis Anne, maman neuroatypique de Poppy, autiste hyperlexique de 9 ans dessinatrice compulsive, amatrice de jus de carotte et petite dormeuse.
Si vous souhaitez en savoir plus sur nous, ou lire les précédents numéros parus, rendez-vous sur le blog Poppy SilverSpoons.
Sans plus attendre, en rubriques et illustrées, nos pensées de la semaine :
LA VIE – DE QUI SE MOQUE-T-ON ?
Poppy aime les musées. En dehors des heures de pointe, elle y déambule et l’y suivre est un spectacle en soi. Comme à Beaubourg, elle a ses habitudes au Musée de la Bourse de Commerce – Collection Pinault et nous y avons découvert la dernière exposition, « Le Monde comme il va », avec curiosité, émerveillement, vertige, et perplexité.
Au rez-de-chaussée sous la coupole, le sol a été recouvert de miroirs et y marcher, surchaussées, a provoqué en nous quelque déséquilibre.

Mais c’est une autre partie de l’exposition, des sculptures hyper-réalistes de vieux messieurs en fauteuils roulants, certains mobiles, dont je veux vous parler ici.

Puis, caché honteusement dans une petite pièce sombre, ce personnage insolite dans une position inattendue.

Un peu plus loin, nous rencontrons un des guides du musée auquel je demande « Que dire aux enfants face à Adolf H. ? Avez-vous un mode d’emploi ? ». Il m’explique alors très sérieusement que l’artiste a voulu le mettre ici en position de faiblesse, pour se moquer de lui, comme d’autres ont placé les vieux généraux dictateurs en situation d’être également ridicules dans leurs fauteuils incontrôlables. Je ne connais ni les artistes ni aucun des généraux (que j’avais pris pour de sympathiques bien qu’un peu égarés résidents d’Ehpad) et je ne vais pas transformer en note d’intention de Maurizio Cattelan ce que j’ai entendu là, mais enfin tout de même…
« Vois-tu Poppy ce monsieur est l’un des plus méchants de l’histoire de l’humanité. Heureusement il est mort. » Je n’ai pas su quoi dire de plus. Mais certainement pas qu’il fallait s’en moquer, rire de lui, ou de qui que ce soit d’autre en situation de vulnérabilité, certainement pas ces papis de l’autre salle qui faisaient la course en fauteuils.
Les oeuvres devraient peut-être être parfois regardées à hauteur d’enfant.
Allez voir cette expo et écrivez-moi ce qu’il faut en dire à Poppy.
Plus de pensées dans nos archives
LES SEMAINES #18 et #19 DE POPPY (récit tapé par Poppy seule)
J’ai été malade : j’ai eu la roséole; La roséole, c’est quand je suis toute rouge. Je suis aussi allée à la Cité des Sciences mais je vous raconterai la semaine prochaine.
Voilà, en images, mes deux dernières semaines.

Je suis restée à Paris avec maman et Marta tandis que Dad était en Italie. Il m’a rapporté un sanglier. C’est l’animal de la ville de Florence.

Je suis sur des miroirs boréaux. Les miroirs me regardent devant un petit chat. Le petit chat boit du lait. Il y a aussi un enclos de biches. L’enclos des biches est ouvert.

Je suis à la Bourse du Commerce où j’ai vu un chien en ballon rigolo. Il y a aussi un ballon d’hélium.

Je regarde une souris riquiqui qui s’appelle Fromage. La souris Fromage mange du fromage dans un trou avec un petit chat qui boit du lait et un enclos des biches qui est ouvert.

Je saute sur une marelle escargot anticonstitutionnellement près de la rue des Rosiers. L’intergouvernementalisation aboie sur un élastique perché.

Je fais la danse du plumeau pour Marta. Cela s’appelle une danse qui veut dire : regarde-moi.

Je pose mes questions à MARTA. Elle raconte n’importe quoi et dit que les animaux de compagnie sont des doudous quand ils sont assis ou couchés par terre.
Je suis allée au cinéma avec ma classe voir ce film :

C’est un film qui s’appelle Une année polaire où un ours polaire déménage dans la savane. Il rencontre de nouveaux gens, parle une nouvelle langue et mange de la nouvelle nourriture.

Je fais de la peinture avec Alice ma Babysitter et Daffy Duck le canard en peluche, autrement dit CP.
Poppy
Les précédentes aventures de Poppy en cliquant ici
LIVRE – MES LABYRINTHES
L’autisme est une différence neurologique qui affecte profondément la façon d’appréhender le sensible, c’est une autre manière d’être au monde. Cette sensibilité particulière, dans ce qu’elle a de plus merveilleux, nous pouvons l’approcher par l’Art, devant la nuit étoilée de Van Gogh ou en écoutant Glenn Gould jouer Bach, par la poésie avec la synesthésie d’Arthur Rimbaud, et même par l’écriture, voire par la philosophie.
Florian Forestier est philosophe, romancier, et autiste. Dans « Mes Labyrinthes », il se raconte et s’analyse, avec beaucoup d’intelligence et une sincérité désarmante. J’ai pleuré à la lecture de ce livre, émue par un petit garçon qui ressemblait à Poppy et que j’aurais voulu rassurer, consoler, encourager, puis par le jeune homme soudain conscient des sentiments de rejet qu’il inspire à certains autres, par la personne toute entière qui décrit ses crises et ses difficultés.
Je ne suis pas autiste, ou peut-être le suis-je ? Les crises autistiques de Florian sont la meilleure description de ce que j’ai toute ma vie durant appelé des crises d’angoisse, dernièrement mises en sourdine mais que jamais je n’avais réussi à partager vraiment. Un sentiment d’inquiétante étrangeté m’a longtemps hantée, jusqu’à ce que je rencontre une autre étrangeté, lumineuse, une étrangeté que je découvre chaque jour, qui déploie ses facettes, et que j’aime dans ses moindres replis, celle de mon enfant. Je souhaite à Florian, pour finir d’apprivoiser ses démons, ou le guider dans ses labyrinthes, de vivre un tel amour.

Avant peut-être de commander son livre, ou en attendant sa livraison, je vous recommande d’écouter l’épisode du podcast « Tous Pareils ou Presque » dans lequel il aborde son rapport au corps notamment, avec des mots justes qui aident à appréhender les difficultés de tous les autistes.
Il me semble essentiel de rappeler, en cette période où vous entendrez beaucoup d’aidants et de médecins, qu’il est plus important encore d’écouter les voix des autistes. Florian Forestier connaît très bien son sujet et le premier article que j’ai lu de lui est resté dans mes archives comme un des textes les plus importants sur le sujet. Le voici :
L’HISTOIRE DE POPPY

C’est la nuit.…… Tous sont au lit avec un sac de couchage. Le poisson rouge est endormi et ne respire presque plus en surface. Un chat en colère arrive et personne ne le remarque. Le chat fâché devient encore plus en colère ! Le chat amoureux s’en va et miaoute. Vil Coyote est endormi dans son sac de couchage. Il ronflote. Lola Bunny est dans son sac de couchage et a les yeux tout fermés et, en même temps, elle caresse l’oreille droite d’Edna. Il y a aussi Charlie le coq qui dort et le chien Barnyard dort à côté de lui. À côté de Barnyard, Pépé le Putois est endormi. Il suce sa susu. À côté de lui, Melissa Duck est endormie dans son sac de couchage avec Debbie dans les mains. À côté d’elle, Pétunia Pig est dans son sac de couchage, elle dort sur ses deux oreilles. Contrairement à Pétunia Pig qui dort sur ses deux oreilles, Naphtaline et Pétula ne dorment que d’un œil. Elles ont peur du loup qui rôde. Le loup se cache derrière un buisson. Il a bien envie de croquer un de ces enfants endormis, heureusement qu’il n’y a aucun de ses congénères ! Le loup guette la tente en se léchant les babines. Le loup a très faim ! Pendant ce temps, sous la tente, Naphtaline et Pétula remarquent une ombre qui est celle… du loup ! Naphtaline et Pétula s’enfuient et crient : « Le loup ! Il va nous manger toutes crues ! Au loup ! Au loup ! Au loup ! » Tous entendent et courent et courent et courent et courent et s’arrêtent devant un rocher. Le loup veut tous les MANGER ! Pour de vrai ! Pas comme l’enfant qui crie : « Au loup ! Au loup ! Au loup ! » BURRRP ! Le loup veut manger tout le monde ! Soudain, Mélissa Duck s’écrie : « Attendez ! On a oublié Debbie sous la tente ! Vil Coyote, va la chercher pendant que le loup nous guette ! » À contrecœur, Vil Coyote obéit. Il va chercher Debbie sous la tente… Mais…. ô surprise ! Debbie n’est plus sur le sac ! Vil Coyote s’inquiète ! Il voit un coquin de raton laveur qui a pris Debbie ! Vil Coyote prend la cane et l’arrache des pattes du raton laveur. Domito le cana. Rd. Vil Coyote arrive et rend Debbie à Mélissa Duck. Soudain, le loup prend un filet et… Tous courent ! Le loup n’a plus rien à se mettre sous la dent. Grognon, il s’en va chez lui pour manger son dîner. Bugs Bunny mange du pâté avec Daffy Duck : miam ! Tout le monde est endormi, sous le sac de couchage. Le loup ne guette plus rien, que sa femme, et le loup ne mange plus rien, que son dîner. Tous sont endormis… mais le loup, tant pis ! Et maintenant, Naphtaline et Pétula dorment sur leurs deux oreilles !
Poppy
Les précédentes histoires de Poppy
Les précédents dessins commentés de Poppy en cliquant ici
**********
J’espère que cette Newsletter vous a plu. N’hésitez pas à la partager avec vos amis ou collègues.
Si vous souhaitez lire les précédents numéros parus, rendez-vous sur le blog Poppy SilverSpoons.
Si vous n’êtes pas encore abonné, c’est le moment de rejoindre notre toute petite communauté par ici :
Ne payez rien, c’est gratuit.
Et si vous préférez, laissez-moi un commentaire sur le blog ou contactez-nous et je vous abonnerai.
Votre dévouée,
Anne


Laisser un commentaire