Si vous avez un enfant autiste, les chances sont grandes pour que vous fassiez un bond d’effroi face à la révélation suivante : Constance voit une psychologue chaque semaine, une psychologue qui est aussi psychanalyste.
Laissez-moi vous résumer rapidement l’historique de la prise en charge des enfants autistes en France. Les psychiatres comme les psychologues y ont longtemps été biberonnés à la psychanalyse et ce sont eux qui se sont donc naturellement occupés des cas d’autisme jusqu’à récemment. Des théories de Bettelheim à celles de Frances Tustin, des mères frigidaires aux enfants forteresses vides, on ne peut pas dire que la psychanalyse ait compris grand chose à l’autisme. On pourra arguer ici qu’elle n’a pas compris grand chose à quoi que ce soit et je ne serais pas loin d’opiner, mais ce n’est pas le débat du jour. Revenons aux enfants autistes. Ils ont longtemps été isolés dans des institutions, à moitié assommés par des ordonnances de neuroleptiques à rallonge, tandis que des barbus analysaient leurs stéréotypies à la lumière de leurs propres fantasmes ou les enveloppaient de draps glacés pour leur faire sentir les limites de leur être, loin de leur famille toxique… Jusqu’à ce que des comportementalistes proposent une autre explication et déclarent que ces enfants pouvaient être éduqués, ou plutôt rééduqués, par des techniques apparentées à du dressage intensif, sensées faire disparaître leurs comportements jugés indésirables sans autre résultat démontré qu’un stress post-traumatique à l’adolescence pour ceux qui peuvent témoigner (voir ici l’article sur Lovaas).
Je caricature évidemment les deux extrêmes pour l’effet dramatique, mais à peine. Longtemps la France a été le dernier fief des psychanalystes. Cependant, depuis une dizaine d’années, comme en Amérique du Nord plus tôt, ce sont les seconds qui ont gagné la bataille, en tous cas autour de l’autisme. La HAS (Haute Autorité de Santé) préconise effectivement les prises en charge intensives précoces comportementales (ABA de Løvaas et consorts) comme thérapies pour les enfants autistes. Les barbus ont officiellement perdu. Ils sont encore nombreux cependant, en place dans les différentes institutions, ou recevant dans leur cabinet privé, arcboutés sur leurs théories fumeuses, ils font le dos rond et profil bas mais continuent de pointer du doigt les mères.
Vous l’aurez compris, des deux opposants en présence aucun n’a ma préférence… Nous essayons donc, depuis le diagnostic de Poppy, tel Ulysse en son Odyssée, de passer le détroit entre Charybde et Scylla.
Avant que nous sachions tout cela, notre super docteure généraliste nous a recommandé une de ses amies psy. Nous l’avons trouvée sympathique et compétente. Elle s’est intéressée à Poppy avec la curiosité d’un Sherlock Holmes et la gentillesse de Winnie l’Ourson. Il se trouve malencontreusement qu’elle est d’obédience psychanalytique, mais elle est avant tout intelligente. Elle garde ses théories pour elle et adopte avec nous une attitude bienveillante, respectueuse et soutenante. En passant du temps ensemble elles créent un lien privilégié et je suis persuadée que Poppy aura ainsi une interlocutrice de confiance avec laquelle partager ses interrogations et ses chagrins si elle en ressent un jour le besoin. En attendant, nous avons une alliée qui connaît bien le milieu médico-social et l’éducation, assiste aux réunions à l’école, sait faire preuve de diplomatie, nous aide à réfléchir et à prendre des décisions, nous encourage et nous rassure.
Au delà des méthodes et des théories, l’essentiel est de trouver des personnes qui veulent sincèrement du bien à nos enfants et sont prêtes à remettre pour cela leurs certitudes en question.


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