Bienvenue dans notre newsletter sur l’autisme et la vie, au contenu scientifiquement (ou pas) approuvé par moi-même.
Je suis Anne, maman neuroatypique de Poppy, autiste hyperlexique de 9 ans dessinatrice compulsive, amatrice de crevettes roses et de brocolis vapeur.
Si vous souhaitez en savoir plus sur nous, ou lire les précédents numéros parus, rendez-vous sur le blog Poppy SilverSpoons.
Sans plus attendre, en rubriques et illustrées, nos pensées de la semaine :
LA VIE – LA VOIE DU MILIEU
Si vous avez un enfant autiste, les chances sont grandes pour que vous fassiez un bond d’effroi face à la révélation suivante : Constance voit chaque semaine une psychologue et par ailleurs, cette psychologue est aussi… psychanalyste.
Laissez-moi vous résumer rapidement l’historique de la prise en charge des enfants autistes en France. Les psychiatres comme les psychologues y ont longtemps été biberonnés à la psychanalyse et ce sont eux qui se sont donc naturellement occupés des cas d’autisme jusqu’à récemment. Des théories de Bettelheim à celles de Frances Tustin, des mères frigidaires aux enfants forteresses vides, on ne peut pas dire que la psychanalyse ait compris grand chose à l’autisme. On pourra arguer ici qu’elle n’a pas compris grand chose à quoi que ce soit, et je ne serai pas loin d’opiner, mais ce n’est pas le débat du jour.
Les enfants autistes ont longtemps été isolés dans des institutions, à moitié assommé·e·s par des ordonnances de neuroleptiques à rallonge, tandis que des barbus analysaient leurs stéréotypies à la lumière de leurs propres fantasmes ou les enveloppaient de draps glacés pour leur faire sentir les limites de leur être, loin de leur famille toxique… Ceci, jusqu’à ce que des comportementalistes proposent une autre explication et déclarent que ces enfants pouvaient être éduqués, ou plutôt rééduqués, par des techniques apparentées à du dressage intensif, sensées faire disparaître leurs comportements jugés indésirables, sans autre résultat démontré qu’un stress post-traumatique à l’adolescence pour ceux qui peuvent témoigner (voir ici l’article sur Løvaas).
Je caricature évidemment les deux extrêmes pour l’effet dramatique, mais à peine. Longtemps la France a été le dernier fief des psychanalystes. Cependant, depuis une dizaine d’années, comme en Amérique du Nord beaucoup plus tôt, ce sont les seconds qui ont gagné la bataille, en tous cas autour de l’autisme. La HAS (Haute Autorité de Santé française) préconise effectivement les prises en charge intensives précoces comportementales (ABA de Løvaas et consorts) comme thérapies pour les enfants autistes. Les barbus ont officiellement perdu. Ils sont encore nombreux cependant, en place dans les différentes institutions, ou recevant dans leur cabinet privé, arcboutés sur leurs théories fumeuses. Le dos rond et le profil bas, ils continuent de pointer du doigt les mères.
Vous l’aurez compris, des deux opposants en présence aucun n’a ma préférence… Nous essayons donc, depuis le diagnostic de Poppy, tel Ulysse en son Odyssée, de passer le périlleux détroit entre Charybde et Scylla.
Avant que nous sachions tout cela, notre super doctoresse généraliste nous a recommandé une de ses amies psychologue. Nous l’avons trouvée sympathique et compétente. Elle s’est intéressée à Poppy avec la curiosité d’un Sherlock Holmes et la gentillesse de Winnie l’Ourson. Il se trouve malencontreusement qu’elle est d’obédience psychanalytique, mais elle est avant tout intelligente. Elle garde ses théories pour elle et adopte avec nous une attitude bienveillante, respectueuse et soutenante. En passant du temps ensemble, toutes deux créent un lien privilégié et j’espère que Poppy aura ainsi une interlocutrice de confiance avec laquelle partager ses interrogations et ses chagrins si elle en ressent un jour le besoin. En attendant, nous avons une alliée qui connaît bien le milieu médico-social et l’éducation, assiste aux réunions à l’école, sait faire preuve de diplomatie, nous aide à réfléchir et à prendre des décisions, nous encourage et nous rassure.
Au delà des méthodes et des théories, l’essentiel est de trouver des personnes qui veulent sincèrement du bien à nos enfants et sont prêtes à remettre pour cela leurs certitudes en question.
Plus de pensées dans nos archives
LA SEMAINE #16 DE POPPY (récit tapé par Poppy seule)
J’ai eu un 20 sur 20 à ma dictée notée. Je n’ai pas été notée en calcul mental car j’ai fait du calcul menteur à la place. J’ai changé 3 plus 4 par 3 fois 4 et j’ai mis 12 au lieu de 7. J’ai un nouveau Bugs Bunny en peluche. Je suis allée chez le cardiologue avec Titi. Le cardiologue m’a mis du gel dessus et je n’ai pas eu peur du tout! Le cardio m’a même fait une prise de sang. Et je suis allée chez le coiffeur, le docteur des cheveuheuheux.

Mon coiffeur s’appelle Bruno. Il est gentil et il m’a coupé les cheveuheuheux.

Je dors sur une chaise lavabo avec Bip-Bip. Le coiffeur me shampouine plastique chiffon.

Je suis sur le canapé avec Cécé et Didi mes copines qui sont venues fuguer chez moi.

Je suis devant Notre Dame et mise à jour échouée.

Je dessine avec Didi et elle fait les mêmes choses que je dessine, moi.

Je suis dans la Tour Eiffel qui a des ailes. Je m’y promène avec Didi. C’est chouette!

Je lis des histoires à des chiens en peluche et les chiens sont heureux d’entendre les histoires.
Poppy
Les précédentes aventures de Poppy en cliquant ici
HANDICAP – LES BOBOS A LA FERME
Elodie et Louis sont les parents d’Andréa, une petite fille atteinte d’un syndrome génétique très rare à l’origine de son poly-handicap et qui engage son pronostic vital. Quand ils ont compris la situation à l’hôpital alors qu’elle n’avait que quelques mois, leur vie a basculé. Tous deux ont quitté leur travail parisien et la petite famille s’est installée dans une ferme en ruine, avec pour projet d’en faire un lieu d’accueil. Ce chantier pharaonique était aussi un exutoire pour eux et une possibilité de travailler en étant en permanence avec Andréa, le coeur de toute l’aventure.
Une histoire d’amour et de résilience que je vous invite à découvrir, en vidéo et/ou en podcast.
Ce documentaire est disponible sur Cortex Média.
Si vous voulez en savoir plus, écoutez le dernier épisode du podcast « tous pareils ou presque » intitulé « les bobos à la ferme ».
Voici enfin leur merveilleux site internet.
Plus de contenus média sur l’autisme et le handicap.
L’HISTOIRE DE POPPY

Bip-Bip
En fin d’après-midi, ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine, ça vaut mieux que d’avaler de la mort aux rats, ça vaut mieux que de sucer de la naphtaline, ça vaut mieux que de faire le zouave au pont de l’Alma ! Gros Minet glisse un paquet de beignets dans son sac à dos. Il rentre dans la garderie en chantant : « Ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine, ça vaut mieux que d’avaler de la mort aux rats, ça vaut mieux que de sucer de la naphtaline, ça vaut mieux que de faire le zouave au pont de l’Alma ! » Naphtaline et Pétula sortent, et ça vaut mieux que de sucer de la naphtaline. Mes vieilles tantes sentaient la naphtaline. Gros Minet court sur sa trottinette, manquant d’avaler de la mort aux rats qui traîne par terre. Il se met de faire le zouave au pont de l’Alma. Gros Minet s’en va. Quand il arrive à la garderie, il se dit : « Ouf ! Car ceci vaut mieux que d’attraper la scarlatine ou d’avaler de la mort aux rats ou bien de sucer de la naphtaline ou de faire le zouave au pont de l’Alma ! » Gros Minet rencontre Taz qui joue à faire des pâtés dans le bac à sable. Le poisson rouge regarde Gros Minet qui va voir ses amis pour leur offrir les beignets. Mais tous sont occupés. Sauf Bip-bip qui regarde les autres. Gros Minet prend un livre dans la bibliothèque des bilbis. Gros Minet se met sur un coussin. Il lit le livre qui raconte une jolie histoire : « Il était une fois une petite bûche qui vivait seule au milieu des bois. – Je t’arrête tout de suite. Ça ne va intéresser personne,une histoire de bûche ! Personne n’a envie de s’identifier à une bûche ! Il était une fois une petite biche qui vivait seule au milieu des bois. Elle aimait s’allonger dans l’herbe, au pied des arbres en pleurs pour écouter chanter les ciseaux. – N’importe quoi ! Tu as déjà entendu des ciseaux chanter ? Et puis d’abord, pourquoi ils pleurent, tes arbres ? Ne me dis pas que c’est une histoire triste ! Elle aimait s’allonger dans l’herbe, au pied des arbres en fleurs pour écouter chanter les oiseaux. Lorsqu’il faisait beau, elle alla laver son singe à la rivière. – Attends… d’où il sort,ce singe ? Lorsqu’il faisait beau, elle alla laver son linge à la rivière. Un matin, elle aperçut une grosse moule bien pourrie en train de se noyer. Euh… comment dire… ça vit dans l’eau, les moules. Ça ne peut pas se noyer. Un matin, elle aperçut une grosse poule bien nourrie en train de se noyer. N’écoutant que son courage,la petite biche se jeta à l’eau et sauva la poule. – Merci pour ton aide, répondît la poule. – Que faisais-tu dans la rivière ? demanda la biche. – Je suis tombée en essayant de rattraper mon renard. – Ben voyons, une poule qui court après un renard ! C’est la meilleure de l’année, celle-là ! – Je suis tombée en essayant de rattraper mon retard, répondit la poule. Mon réveil est en panne et j’ai rendez vous avec mon amoureux. – Monte ! dit la biche. Je vais t’emmener. La grosse poule mit son chameau sur la tête et sauta sur le dos de la biche. – Un chameau ? Depuis quand les poules se mettent des chameaux sur la tête ? La grosse poule mit son chapeau sur la tête et sauta sur le dos de la biche. La biche vacilla sous le poids de la poule, avança en titubant, puis finit par mourir. – Alors là, non ! Si tu fais mourir ton personnage principal, il n’y a plus d’histoire. Réfléchis un peu ! La biche vacilla sous le poids de la poule, avança en titubant, puis finit par courir. Elle courut si vite qu’au bout d’un moment, la poule décolla et se mit à voler. – Youhou, je vole ! fit la poule avant d’atterrir sur un lapin. – Stop ! Qu’est-ce que tu fais,là ? Tu veux traumatiser les enfants ? Interdit de maltraiter les lapins ! » Gros Minet sort du coussin et prend son doudou qui est sur le tapis. Titi regarde. Le poisson rouge perd patience : « Va dans ta chambre pour t’amuser avec Bugs Bunny ! » Gros Minet prend son doudou et grimpe à l’échelle. Dans la chambre,Bugs Bunny lit son livre préféré. Gros Minet fait de la biche et court en peluche. Titi aussi surveille les chats piteaux. Gros Minet se met sur le lit panier de Titi, puis tire Bugs Bunny du lit pour jouer. Gros Minet pose son doudou sur le lit de Titi et court après Bugs Bunny. Bugs Bunny, Titi, Gros Minet, Daffy Duck, Lola Bunny, Vil Coyote, Taz et Bip-bip sont sur un tableau. Bugs Bunny et Gros Minet sautent sur tous les lits ! Youpi ! Sur le lit de Taz, il y a Pharamousse assis devant l’oreiller. Gros Minet et Bugs Bunny font une bataille de doudous ! Pouf ! Le poisson rouge fait Pouf ! Gros Minet et Bugs Bunny font de la cacahuète et sautent par le rebord du lit de Vil Coyote. C’est le lit le plus haut, et voilà que le poisson rouge essaie de sauter du lit et tombe ! Le bocal est tout cassé ! Oh non ! Le joli bocal ! Mémé va les tuer ! Gros Minet et Bugs Bunny entendant Mémé arriver. Vite, ils mettent les morceaux et le poisson rouge dans le grand coffre à jouets et font comme si de rien n’était. Le poisson rouge sautille dans le coffre, sur le ballon, sous une des petites voitures, devant le dinosaure et derrière le coyote en peluche. Gros Minet et Bugs Bunny font encore comme si de rien n’était. Gros Minet et Bugs Bunny font toujours comme si de rien n’était. Mémé s’en va et le chien Pluche aboie et court comme un petit Foufou. Le chien Pluche entraîne Mémé.
Poppy
NB : Ce texte est une note trouvée dans l’iPad de Poppy. Elle aime raconter des histoires et est bien plus habile avec un clavier qu’un stylo. A ce jour elle a écrit environ 600 notes, plus ou moins lisibles, longues ou courtes, avec dessins ou juste du texte, des reprises d’histoires qu’elle a vues et mémorisées, ou d’autres inédites. Elle remplit aussi des google docs sur mon ordinateur d’histoires loufoques avec chapitres. Que faire de tout ça ?
Les précédents dessins commentés de Poppy en cliquant ici
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