Nous sommes allés chez la neuropédiatre et elle a demandé à Poppy ce qui l’amenait… « C’est parce que je suis autiste. », a-t-elle répondu avant de se lancer dans un dessin des Looney Toons. « Ah bon ? Mais comment tu le sais ? Qui te l’a dit ? », et de nous jeter un regard lourd de je-ne-sais-quoi.
Nous n’avons jamais caché le diagnostic de Poppy, ni évité de prononcer le mot en A, mais elle-même n’y prêtait pas attention, jusqu’à il y a quelques mois. Elle a voulu relire une histoire de petit hérisson autiste que nous avions lue ensemble des années plus tôt, et elle a commencé à poser des questions directes aux autres enfant « Es-tu autiste ? » ou à nous « Qu’est-ce qui fait que C. est autiste ? et R. et M. ? et moi ?… » Elle semblait curieuse de ce qui la relie aux élèves autistes de l’ULIS*, ou plutôt des spécificités de chacun et chacune. Nous avons répondu ce que nous savions et elle est passée à autre chose.
Ce trimestre, les enfants de sa classe de CM1* font des exposés. Parmi les sujets proposés par Poppy (les chiens, les lampes etc.), ses amis ont choisi « l’Autisme ». Voilà l’occasion de rassembler du matériel et de réfléchir à la question, en famille, à hauteur d’enfants de 10 ans.
J’ai pris les choses en mains, un peu trop probablement, et avec elle nous avons rédigé un exposé. Je ne voulais pas qu’elle cherche seule, même si je la soupçonne d’avoir déjà regardé des vidéos sur le sujet, au hasard de YouTube. Le net est plein d’informations fausses et les livres que je connais pour sensibiliser les enfants ne sont vraiment pas au niveau (Si vous avez des idées de lectures adaptées, n’hésitez surtout pas à nous en faire part en commentaire !). Bref, j’avais envie de commencer par lui donner notre vérité.
J’ai expliqué bien souvent l’autisme à nombre d’interlocuteurs plus ou moins réceptifs à la neurodiversité, mais jamais je n’ai eu autant la pression qu’en réfléchissant à cet exercice. Elle va le lire, le répéter et s’en souvenir probablement toute sa vie d’autiste. Je voudrais qu’elle n’ait aucun doute sur le fait que ses parents considèrent cette différence qui la caractérise comme un des merveilleux aspects de sa petite personne fabuleuse, cependant j’aimerais aussi qu’elle comprenne ce que c’est, ce que ça explique de son fonctionnement, de ses éventuelles difficultés…
Handicap n’est pas un gros mot, c’est même une chose assez belle. Celui qui la porte a besoin d’aide peut-être, mais par sa fragilité, il révèle l’autre. La personne handicapée a la faculté de grandir et de bonifier ceux qui la regardent, ou de révéler leur bassesse. C’est un grand pouvoir.
Toutefois cet argument est pour les adultes. Je me replonge dans l’exposé CM1 et on le partagera ici, promis.

* En France, les enfants handicapés peuvent être scolarisés en IME (Institut médico-éducatif, appelé aussi hôpital de jour) ou dans des établissements scolaires ordinaires. Celles et ceux qui peuvent suivre le programme pourront intégrer une classe ordinaire, en général avec une aide humaine. Il existe également un dispositif d’inclusion ULIS qui permet aux enfants, en fonction de leurs possibilités, de passer quelques heures en classe ordinaire accompagnés, puis le reste de la journée avec l’enseignant.e du dispositif et d’autres encadrant.e.s. Chaque emploi du temps est fait de concert entre l’équipe de professionnels et les parents.
Depuis le CP, Poppy a pu bénéficier du dispositif Ulis Autisme. Cette année, sa classe d’inclusion est le CM1 et elle y est maintenant tous les jours ; c’est ce que je vous racontais dans cet article.


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