Après les sympathiques Hans Asperger et Bruno Bettelheim, au tour du précurseur de la célèbre méthode d’intervention intensive ABA (Applied Behavior Analysis) de vous être présenté, le gentil Mr Løvaas.
À vingt ans, après la seconde guerre mondiale et l’occupation nazie, Ole Ivar Løvaas quitte sa Norvège natale. Il émigre aux Etats Unis et se lance dans des études de psychologie.
Au milieu des années 60, influencé par les travaux de Skinner sur le conditionnement des rats de laboratoire, Løvaas entreprend d’appliquer ces techniques de renforcement des bons comportements par la récompense (et d’extinction des mauvais comportements par le dédain, puis par la punition physique) aux humains, en commençant ses expériences sur une petite fille autiste de neuf ans.
Ravi des progrès qu’il obtient avec la jeune Beth, il théorise contre Bettelheim (pour lequel l’enfant autiste était une « forteresse vide ») que la coquille autistique renferme un enfant normal que des pratiques intensives de conditionnement peuvent révéler.
Il connait un grand succès en sortant du champ académique pur et en s’appuyant sur des associations de parents d’enfants autistes en proie au désarroi et heureux de rencontrer enfin des scientifiques qui les exonèrent de responsabilité freudienne. Il devient alors une figure centrale de la prise en charge des enfants autistes.

De nombreux aspects des travaux de Løvaas sont problématiques. Initialement, il théorise que l’enfant autiste ne peut apprendre que si l’on parvient à effacer ses traits autistiques. Et pour y parvenir, il ne s’interdit pas de frapper, puis de choquer électriquement des enfants lorsqu’ils présentent des comportements jugés par lui indésirables.
Il préconise une méthode intensive aux coûts significatifs en temps et en argent qu’il justifie par les coûts exorbitants de l’alternative que serait l’institutionnalisation à vie des autistes. Et pour la promouvoir, il promet 50% de succès / guérison dans une étude dont les biais statistiques sont tels qu’elle n’a jamais pu être répliquée de manière indépendante.
Enfin, dans les années 70s, il est associé aux travaux très controversés sur la « conversion » de jeunes garçons efféminés.
Depuis la fin des années 80’s, à la fois les méthodes aversives (qui utilisent des punitions physiques pour éteindre des comportements jugés mauvais) et les applications des méthodes comportementalistes pour « redresser » la préférence sexuelle ont été très largement abandonnées.
Aujourd’hui, la méthode ABA n’utilise plus les punitions mais continue de juger que des comportements anodins – battre des mains, éviter le regard, etc – doivent être corrigés / effacés. Elle justifie des investissements considérables en temps et argent pour y parvenir. Elle est décriée par un certain nombre d’autistes adultes et, si elle reste recommandée (comme les autres approches cognitivo-comportementales) par la Haute Autorité à la Santé en France, a perdu de son hégémonie par exemple en Grande-Bretagne où les autorités mettent en avant le faible niveau de preuve d’efficacité.
Des modèles de thérapies alternatives émergent, mais ils ne sont pas encore assez développés ni organisés pour menacer l’empire financier d’ABA.
Pour notre part, vous l’aurez sans doute compris, nous sommes davantage convaincus par la pertinence d’adapter, peut-être aussi d’éduquer, les autres aux comportements parfois étranges des enfants comme Poppy, plutôt que de vouloir changer sa façon si particulière d’être au monde.
Alexis (Dad)
Sources : La référence historique principale de cet article est le livre « Neurotribus » de Steve Silberman, dont je vous recommande la lecture.
Voici une interview de Løvaas lui-même, en 1974 qui explique comment il a découvert par hasard la méthode (musclée ou électrifiée) pour empêcher les comportements d’auto-mutilation des enfants autistes… édifiant !
Le livre de Laurent Mottron « L’intervention précoce pour enfants autistes » vous en dira plus sur les failles des méthodes actuelles et leur faible niveau de preuve. Et surtout il pose les bases d’une alternative plus réjouissante… Mais nous en reparlerons ici bientôt.


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