La semaine dernière, Poppy mettait en rigolant ses mauvaises notes au centre de son récit. Lorsque j’ai appris qu’elle avait eu un zéro en dictée, j’avoue que mes premières émotions ont été la déception et la colère : sur le chemin du retour de l’école, je lui fis la morale et la tête. En arrivant à la maison, Anne a fortement relativisé cette péripétie en me rappelant que l’orthographe de Poppy est excellente et que si elle avait fait des fautes à chaque mot, cela ne reflétait que son merveilleux caractère facétieux. C’était assez vrai mais sur le coup, cette absence de soutien à mon courroux paternel n’a fait qu’ajouter à ma frustration.
« Mais, m’a-t-elle rappelé, Poppy est autiste. C’est la première fois qu’elle passe autant de temps en classe ordinaire. L’an dernier elle y allait une heure maximum, avec un casque anti-bruit. Affronter l’énergie d’une bande d’enfants de 9 ans est en soi un challenge pour elle, sensoriel et social. C’est fabuleux qu’elle soit heureuse d’y aller, accepte de se plier au rythme de la classe et de suivre (un peu) les consignes. Elle lit beaucoup d’histoires et elle tente des trucs, des répliques, des scénari sociaux. Elle essaye maladroitement de se faire des amis, interrompt le maître, fait le clown ou mine de copier sur son voisin. On ne va évidemment pas la gronder pour un zéro. Réjouissons-nous qu’elle ait une note. »
Depuis cet épisode, j’ai eu le temps de réfléchir plus sereinement à ce sujet : pourquoi les notes scolaires devraient être importantes ? C’est une question qui se pose sans doute à de nombreux parents et qui a nourri des débats infinis, de l’instruction publique à l’éducation nationale, rythmés aux thèmes de l’excellence (perdue?) et de la bienveillance (pervertie?).
Dans les années 80, Anne a essuyé les plâtres d’un lycée innovant où les notes étaient initialement bannies puis réintroduites après quelques années de joyeux bazar. Nous nous rencontrâmes au début des années 90 dans les classes préparatoires d’un lycée parisien élitiste où la question ne se posait qu’entre jeunes gens un peu rebelles mais surtout très scolaires. 30 ans plus tard je réalise que les notes m’importent autant qu’elles l’indiffèrent.
Poppy perçoit-elle mon intérêt ? Ou y trouve-t-elle une motivation personnelle ? Toujours est-il qu’au cours de l’entretien que j’ai sollicité avec son maître d’école, celui-ci me confirma qu’elle était d’ordinaire impatiente de connaître sa note, même lorsque sa copie était si volontairement fantaisiste que le seul résultat raisonnablement espéré était nul. Nous convînmes de tenter de remettre Poppy dans le droit chemin en lui faisant savoir qu’un devoir manifestement saboté de sa part se verrait sanctionné par une absence de correction et donc de note. On verra si ça fonctionne.
Finalement ce sont des préoccupations que je m’estime bien chanceux d’avoir. Pourvu que ça dure !
Alexis (Dad)


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