Comment ne pas parler du froid glacial qui s’est abattu sur la ville, s’insinue dans chaque interstice sous les fenêtres et s’engouffre dès qu’on a le malheur d’ouvrir la porte au facteur ? Entre les bouffées de chaleur dues au moyen âge et la froidure hivernale, mon thermomètre personnel fait le grand écart. Dans son amour pour les textures (slime, pâte à modeler, mousse de bain, balles anti-stress…), Poppy, pourtant frileuse, se réjouit des températures sous le zéro en rêvant de neige blanche, de bonshommes et de boules écrasées. C’est étrange cette impression soudaine de vous servir un quotidien réjouissant de banalité… Pourtant… Je l’entends discuter avec Dad derrière moi et lui répéter pour la centième fois de la journée devant les mêmes images, des mêmes pages, des mêmes livres illustrés, avec la même intonation: « Pourquoi est-ce qu’aucun chat ne fâche le cheval à bascule qui se moque du chien ? », « Pourquoi personne ne caresse ce chien ? il a besoin d’amour pourtant. », « Pourquoi les adultes ne bercent-ils pas leur bébé ? Il a sommeil pourtant. », « Pourquoi ne s’occupent-ils pas de la plante ? », « Pourquoi ne regarde-t-il pas la fenêtre ? », « Pourquoi ne nourrissent-ils pas le chat ? Il va mourir si on ne le nourrit pas. »
Elle appelle ça : « poser mes questions » et ça peut durer des heures. Notre réponse doit être en rapport avec l’objet de la supposée désaffection. On en a ras le pompon, souvent, mais on se plie à sa loi, la plupart du temps, devenant un élément contrôlable de son petit monde contrôlé. Pourquoi ? On a testé toutes sortes de réponses, on a aussi essayé de dire « Non, pas les questions, pitié ! », mais elle panique alors, monte dans les tours jusqu’à ce qu’on cède. Marta lui a rétorqué « et pourquoi tu poses toujours les mêmes questions ? Je ne réponds pas aux questions idiotes »… « Mais enfin Marta tu aimes mes questions ! »
En étant témoin de son chagrin, ou plutôt de son malaise, si on ne répond pas, on saisit l’importance de ce rituel. C’est sa façon de communiquer, à travers un discours archi-connu, sans s’éloigner trop du script. Elle ne pose pas ses questions à n’importe qui, privilège d’être interrogé. On sent confusément qu’il y a un mystère à élucider, mais parfois je me dis qu’elle fait ça juste pour créer du lien, comme une caresse, comme elle fredonnerait une chanson, pour la musicalité de la chose. Si on lui demande, elle répond simplement “je les aime mes questions”. Et c’est comme si ses questions, à l’instar de ses recherches YouTube ou des personnes qu’elle aime, étaient vivantes et pouvaient elles-aussi souffrir qu’on leur réponde mal, ou mourir de ne pas être posées.


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