Après Hans Asperger et les nazis, un autre grand moment de l’histoire de l’autisme : Bruno Bettelheim et son best seller « la Forteresse Vide ». Le lien est rapide : Bettelheim a passé presque un an à Dachau. Marqué par cette expérience fondatrice, une fois aux États-Unis, ce psychanalyste freudien ouvre un institut pour enfants autistes devenu célèbre et publie un livre qui fera autorité des années durant (et reste une référence en France…).
Sa théorie fumeuse est la suivante : les comportements des autistes (retrait social, balancements, mutisme…) ressemblent à ceux des prisonniers des camps de concentration parce qu’ils résultent de la même déshumanisation, dès leurs premiers mois d’existence… essentiellement à cause de leurs mères-frigidaires, incapables de la moindre chaleur envers leur bébé, et dans une moindre mesure de leurs pères absents. Il en résulte des individus qui n’en sont pas, des « forteresses vides ».
Sa solution : les éloigner de leurs parents (inconsciemment) délétères en les plaçant dans son « école orthogénique » où des équipes formées par lui et à ses ordres (il était un peu sadique aussi mais après tout puisque ces enfants n’en avaient que l’apparence, quelle importance?) allaient leur faire revivre toutes les étapes par lesquelles doit passer le développement d’un humain digne de ce nom.
Inutile de vous préciser que ça n’a pas « soigné » un seul enfant. Pourtant, comme souvent en psychanalyse, la théorie était intellectuellement intéressante, le bouquin ficelé comme un polar et l’homme qui le portait plutôt charismatique. Cela a suffi à soupçonner jusqu’à aujourd’hui des milliers de mères d’enfants autistes d’être responsables, par leur indifférence ou son exact opposé, des difficultés de leurs enfants autistes.
On a abandonné depuis des années ces fumisteries outre-atlantique, mais les psychologues et psychiatres en activité en France ont largement été formés à ces thèses (Bettelheim n’était pas le seul psychanalyste à incriminer les « parents toxiques ») et sont encore intimement persuadés de leur pertinence.
On sait maintenant qu’il est très important d’écouter les parents et leurs inquiétudes au moment du diagnostic, de les croire et de les inclure ensuite dans les prises en charge de leur enfant, à la fois activement et par leur adhésion aux principes en oeuvre. C’est un voeu pieux car en réalité les théories ré-éducatives qui succèdent aux délires psychanalytiques ne sont guère plus défendables éthiquement, mais nous en reparlerons.

Forteresse vide toi-même, Bruno !


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